Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

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Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Mer 25 Aoû 2010 - 18:11

Bonjour à tous et bon et Ramadan Moubarek Said,

Ceux qui ont eu l'occasion de lire les post que j'ai écrit sur ce forum connaissent certainement mon opinion au sujet de l'égalité des droits de l'homme et de la femme en Algérie, et de mon amertume à ce sujet. Ces femmes dont le moindre mérite fut de nous mettre au monde après nous avoir portés dans leur ventre, et de nous donner la joie de nous combler de bonheur en nous accompagnant tous les jours de notre vie, de porter à leur tour nos enfants et de leur apporter cette tendresse et cet amour dont nous autre représentants du sexe dit fort SOMMES INCAPABLES, ces femmes n'ont pas du tout la place qu'elles méritent dans notre société, et ceci ni du point de vue légal pas plus que du point de vue social et coutumier/traditionnel. Je vous invite en conséquence à publier vos témoignages sur ces femmes qui ont tant fait pour que l'Algérie devienne libre dans l'espoir qu'un jour leurs veux seront exaucés.

Merci pour votre intérêt et votre collaboration.


Dernière édition par magicbenoit le Mer 25 Aoû 2010 - 18:26, édité 2 fois

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Mer 25 Aoû 2010 - 18:13

Pour donner l'exemple voici un témoignage de ZOHRA DRIF à propos de DJAMILA BOUHIRED


FEMMES DANS LA GUERRE D’INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE

LIBERTE, 01 JUILLET 2009, par ZOHRA DRIF

vendredi 10 juillet 2009 (Date de rédaction antérieure : 1er juillet 2009).

ZOHRA DRIF qualifie de révisionnisme historique les attaques d’un article paru dans un hebdomadaire algérien contre DJAMILA BOUHIRED, Moudjahida.

Lire aussi à ce propos dans la rubrique "DOCUMENTS" un autre témoignage "SERKADJI, quartier des femmes", publié pendant la guerre de libération (1961) par AL HOURYYA (LIBERTÉ), organe clandestin du PCA.

Nous sommes à la veille du 5 Juillet, la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse. Pourtant, j’ai un goût amer qui n’arrive pas à disparaître. Cauchemar. C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit en ouvrant un hebdomadaire algérien. J’ai mis du temps à réaliser que je ne rêvais pas.

En 2009, dans la presse de mon pays, des journalistes ont présenté un article avec un grand titre infamant barrant toute la page : “Djamila Bouhired n’a jamais été torturée”.

Peut-on se taire devant un tel sacrilège ? Si je me tais, si nous nous taisons, bientôt on écrira en Algérie, comme Massu, que Larbi Ben M’hidi s’est suicidé dans sa cellule, qu’il y a eu très peu de victimes le 8 Mai 1945 ou encore, pourquoi pas, que de 1830 au 5 juillet 1962, la France coloniale n’a fait qu’essayer de pacifier et civiliser notre peuple barbare.

Ailleurs, on appelle cela du révisionnisme.

Je ne prends pas la parole pour défendre l’honneur de Djamila, elle est vivante et n’a pas besoin de moi pour décider ou non de répondre à de telles insanités.

Je prends la parole pour témoigner de ce que j’ai vu, de ce que j’ai vécu et de ce que je sais.

Ni le journaliste qui a commis l’article ni la personne qu’il a rencontrée pour justifier ses mensonges n’étaient à ce moment-là présents.

J’étais présente au moment de l’accrochage.

Djamila a été blessée par balle et elle a été arrêtée, seule.

À partir de ce moment, plus aucun combattant n’a eu accès à elle jusqu’à son incarcération.

Elle était seule, entre les mains des tortionnaires de la 10e Division parachutiste du général Massu dont tous les Algérois connaissaient les méthodes d’interrogatoire.

Nos ennemis savaient à l’époque qui était Djamila Bouhired, à quel niveau de l’organisation elle se trouvait, ce qu’elle faisait et avec quelles personnes elle était en relation permanente, c’est-à-dire Larbi Ben M’hidi, Yacef Saâdi et Ali La Pointe, qui étaient encore en vie et en activité à l’époque.

Les parachutistes savaient qu’ils venaient de faire “une prise” de première importance. Dès son arrestation, le travail “psychologique” de l’armée en direction du peuple algérien a commencé. Tout de suite, Djamila, comme tous les militants arrêtés, a été salie et dénigrée pour démoraliser la population et la couper des militants. C’est avec tristesse que je constate que ce travail continue.

C’est lors du procès de Djamila Bouhired que les informations ont commencé à sortir. Les débats sur la torture ont alors pris une dimension internationale parce que Djamila a décidé de faire de son procès celui de la France coloniale et de ses méthodes.

Rarement dans l’histoire de notre nation, une personne a si haut porté la voix des souffrances et du combat du peuple algérien. Elle l’a fait devant le Tribunal permanent des forces armées. Elle l’a fait devant une foule de pieds-noirs haineuse qui éructait et hurlait : “à mort, à mort la fellaga !”

Si Djamila Bouhired est devenue le symbole qu’elle est, c’est parce que toute la presse internationale a relayé le courage et la dignité d’une femme seule devant ses bourreaux, d’une femme qui a choisi de s’habiller ostensiblement dans les trois couleurs de notre emblème pour dire sereinement à ses ennemis : “Parce que je suis algérienne, vous n’avez pas la compétence pour me juger. Oui, j’assume tout ce que j’ai fait ; oui, je suis prête à mourir ; oui, je reprendrai les armes pour refaire ce que j’ai fait dès que je serai libre.”

Et c’est la tête haute, en chantant Min Djibalina avec Abdelghani Marsali et Abderahmane Taleb, qu’elle a reçu le verdict du tribunal la condamnant à mort sous les hourras de la foule des pieds-noirs.

En ce mois de juillet 1957, les exécutions capitales allaient bon train dans les prisons d’Alger, d’Oran et de Constantine. Comme son peuple, c’est droite, debout, qu’elle a accepté la mort pour libérer son pays.

Ce procès suivi dans La Casbah et dans tout le pays a fait date, c’est comme cela qu’elle est devenue un symbole. Symbole du chemin à suivre pour les Algériens, symbole de l’ennemi à abattre pour la France coloniale et symbole du combat à soutenir pour le reste du monde.

Rappelez-vous qu’à l’époque, dans le Maghreb, dans le monde arabe, dans le monde musulman, en Occident et dans le tiers monde, de nouvelles-nées ont été prénommées Djamila en hommage à la lutte du peuple algérien pour sa dignité. En Égypte, Youcef Chahine, alors jeune réalisateur, a décidé de faire un film, Djamila l’Algérienne, pour marquer, face à l’Occident, l’honneur retrouvé que les Arabes pensaient avoir définitivement perdu depuis Salaheddine el Ayoubi.

C’est cela qu’en 2009, avec légèreté et désinvolture, un journaliste algérien reproche à Djamila Bouhired et à Youcef Chahine. Le mensonge et l’insulte ont commencé dans la presse coloniale. Je suis atterrée de lire aujourd’hui dans mon pays, sous la plume d’un compatriote, ce que nous n’avons eu cesse de combattre.

Certains compagnons sont morts, ils ne peuvent plus se défendre. Nous sommes encore en vie alors que le travail de révisionnisme a déjà commencé. Nous allons nous aussi disparaître.

Que lira-t-on dans cinquante ans dans la presse algérienne ? Cette question, au-delà des mensonges sur Djamila Bouhired, nous interpelle tous. Il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme : notre société est gangrenée.

Comme peuple, comme nation, comme État, l’avenir de l’Algérie est gravement compromis si on ne revient pas à la vérité historique pour mettre un terme à cette infâme entreprise de dénigrement et de destruction de nos symboles.

J’ai foi en la nouvelle génération. Elle est plus instruite. J’ai foi aussi parce que depuis des années, j’ai pu mesurer sa curiosité et sa volonté de mieux connaître l’histoire de son pays.

Elle est fière d’appartenir à ce peuple, elle doit rester vigilante.

Z. D.


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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Mer 25 Aoû 2010 - 18:18

HASSIBA BEN BOUALI

Née le 18 janvier 1938 à El-Asnam (aujourd'hui Chlef), Hassiba Ben Bouali y entama ses études primaires, qu'elle poursuivit à l'école Aïn Zerga, à Alger, où ses parents s'étaient installés en 1947. Elle obtient le certificat d'études primaires en 1950 et entre au lycée Pasteur (aujourd'hui annexe de la Faculté Centrale), où elle y étudia jusqu’en deuxième année.

De nombreux témoignages la présentent comme une adolescente particulièrement éveillée, curieuse et sensible.

C'est ainsi que, par le biais du scoutisme, elle effectue de grandes randonnées à travers le pays et découvre les conditions déplorables de vie de la paysannerie algérienne. L'étalage de l'injustice la révolte profondément.

Hassiba Ben Bouali rêvait de devenir infirmière mais elle ne put que s'employer dans un bureau social, où elle complétera sa vision de la situation des Algériens. Sa prise de conscience l'amène à militer dès l’âge de seize ans an sein de l’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens.

Dès lors, elle s'impliquera de plus en plus dans le combat nationaliste, et, vers la fin de l'année 1956, elle intégra avec d'autres jeunes filles un des réseaux des fedayins qui se distinguèrent durant la bataille d'Alger. Elle fit ainsi parties d'un groupe chargé de fabriquer des bombes et de les déposer sur les lieux d'opération.

Mais les services de renseignement français finirent par recueillir des informations sur ce groupe. L'atelier clandestin de fabrication des bombes est aussitôt investi tandis que de nombreuses arrestations ont lieu. Hassiba Ben Bouali est alors obligée de quitter son domicile et de rejoindre la Casbah, citadelle de la révolution quadrillée par la soldatesque coloniale.

C'est à ce moment que la répression à Alger s'accentua. Les autorités françaises voulaient en finir avec les réseaux urbains du FLN, qui semaient la panique dans les milieux des colons et dont les actions spectaculaires jouissaient d'une grande audience internationale.

En février 1957, Larbi Ben M'hidi, chef de la zone autonome d'Alger, avait été arrêté et assassiné. D'autres arrestations eurent lieu les mois suivants.

Le 8 octobre 1957, Hassiba Ben Bouali se trouvait dans une cache au numéro cinq des la rue des Abderames, en plein coeur de la Casbah, en compagnie d'Ali la Pointe et du petit Omar, âgé de douze ans. A la tombée de la nuit, la maison fut encerclée par les parachutistes français.

On somma les trois fedayins de se rendre. Devant leur refus, les soldats français firent sauter la maison. Hassiba Ben Bouali et ses compagnons périrent sons les décombres ainsi que 17 Algériens dont les maisons furent soufflées par l'explosion.

Le martyre de Hassiba Ben Bouali devint un motif supplémentaire de la détermination du peuple algérien ainsi qu'une illustration éclatante de la participation de la femme algérienne au combat libérateur.

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par tiziri le Mer 25 Aoû 2010 - 20:26

Salut Magic,

Quoi de plus beau que de donner de sa vie pour sa patrie? cette grande dame figure emblématique n'a fait que son devoir de citoyenne, ainsi que tant d'autres.......
Tant d'autres restent anonymes, vivants ou morts, savoir donner sans attendre de retour.........est preuve de grand noblesse, grand courage.
Si tous ces gens auraient été là aujourd'hui, ils ne seront que outrés de savoir le désastre qui règne, alors avançons au lieu de vivre avec le passé!!!!!!!!!

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par tiziri le Mer 25 Aoû 2010 - 20:38

magicbenoit a écrit:Pour donner l'exemple voici un témoignage de ZOHRA DRIF à propos de DJAMILA BOUHIRED


FEMMES DANS LA GUERRE D’INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE

LIBERTE, 01 JUILLET 2009, par ZOHRA DRIF

vendredi 10 juillet 2009 (Date de rédaction antérieure : 1er juillet 2009).

ZOHRA DRIF qualifie de révisionnisme historique les attaques d’un article paru dans un hebdomadaire algérien contre DJAMILA BOUHIRED, Moudjahida.

Lire aussi à ce propos dans la rubrique "DOCUMENTS" un autre témoignage "SERKADJI, quartier des femmes", publié pendant la guerre de libération (1961) par AL HOURYYA (LIBERTÉ), organe clandestin du PCA.

Nous sommes à la veille du 5 Juillet, la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse. Pourtant, j’ai un goût amer qui n’arrive pas à disparaître. Cauchemar. C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit en ouvrant un hebdomadaire algérien. J’ai mis du temps à réaliser que je ne rêvais pas.

En 2009, dans la presse de mon pays, des journalistes ont présenté un article avec un grand titre infamant barrant toute la page : “Djamila Bouhired n’a jamais été torturée”.

Peut-on se taire devant un tel sacrilège ? Si je me tais, si nous nous taisons, bientôt on écrira en Algérie, comme Massu, que Larbi Ben M’hidi s’est suicidé dans sa cellule, qu’il y a eu très peu de victimes le 8 Mai 1945 ou encore, pourquoi pas, que de 1830 au 5 juillet 1962, la France coloniale n’a fait qu’essayer de pacifier et civiliser notre peuple barbare.

Ailleurs, on appelle cela du révisionnisme.

Je ne prends pas la parole pour défendre l’honneur de Djamila, elle est vivante et n’a pas besoin de moi pour décider ou non de répondre à de telles insanités.

Je prends la parole pour témoigner de ce que j’ai vu, de ce que j’ai vécu et de ce que je sais.

Ni le journaliste qui a commis l’article ni la personne qu’il a rencontrée pour justifier ses mensonges n’étaient à ce moment-là présents.

J’étais présente au moment de l’accrochage.

Djamila a été blessée par balle et elle a été arrêtée, seule.

À partir de ce moment, plus aucun combattant n’a eu accès à elle jusqu’à son incarcération.

Elle était seule, entre les mains des tortionnaires de la 10e Division parachutiste du général Massu dont tous les Algérois connaissaient les méthodes d’interrogatoire.

Nos ennemis savaient à l’époque qui était Djamila Bouhired, à quel niveau de l’organisation elle se trouvait, ce qu’elle faisait et avec quelles personnes elle était en relation permanente, c’est-à-dire Larbi Ben M’hidi, Yacef Saâdi et Ali La Pointe, qui étaient encore en vie et en activité à l’époque.

Les parachutistes savaient qu’ils venaient de faire “une prise” de première importance. Dès son arrestation, le travail “psychologique” de l’armée en direction du peuple algérien a commencé. Tout de suite, Djamila, comme tous les militants arrêtés, a été salie et dénigrée pour démoraliser la population et la couper des militants. C’est avec tristesse que je constate que ce travail continue.

C’est lors du procès de Djamila Bouhired que les informations ont commencé à sortir. Les débats sur la torture ont alors pris une dimension internationale parce que Djamila a décidé de faire de son procès celui de la France coloniale et de ses méthodes.

Rarement dans l’histoire de notre nation, une personne a si haut porté la voix des souffrances et du combat du peuple algérien. Elle l’a fait devant le Tribunal permanent des forces armées. Elle l’a fait devant une foule de pieds-noirs haineuse qui éructait et hurlait : “à mort, à mort la fellaga !”

Si Djamila Bouhired est devenue le symbole qu’elle est, c’est parce que toute la presse internationale a relayé le courage et la dignité d’une femme seule devant ses bourreaux, d’une femme qui a choisi de s’habiller ostensiblement dans les trois couleurs de notre emblème pour dire sereinement à ses ennemis : “Parce que je suis algérienne, vous n’avez pas la compétence pour me juger. Oui, j’assume tout ce que j’ai fait ; oui, je suis prête à mourir ; oui, je reprendrai les armes pour refaire ce que j’ai fait dès que je serai libre.”

Et c’est la tête haute, en chantant Min Djibalina avec Abdelghani Marsali et Abderahmane Taleb, qu’elle a reçu le verdict du tribunal la condamnant à mort sous les hourras de la foule des pieds-noirs.

En ce mois de juillet 1957, les exécutions capitales allaient bon train dans les prisons d’Alger, d’Oran et de Constantine. Comme son peuple, c’est droite, debout, qu’elle a accepté la mort pour libérer son pays.

Ce procès suivi dans La Casbah et dans tout le pays a fait date, c’est comme cela qu’elle est devenue un symbole. Symbole du chemin à suivre pour les Algériens, symbole de l’ennemi à abattre pour la France coloniale et symbole du combat à soutenir pour le reste du monde.

Rappelez-vous qu’à l’époque, dans le Maghreb, dans le monde arabe, dans le monde musulman, en Occident et dans le tiers monde, de nouvelles-nées ont été prénommées Djamila en hommage à la lutte du peuple algérien pour sa dignité. En Égypte, Youcef Chahine, alors jeune réalisateur, a décidé de faire un film, Djamila l’Algérienne, pour marquer, face à l’Occident, l’honneur retrouvé que les Arabes pensaient avoir définitivement perdu depuis Salaheddine el Ayoubi.

C’est cela qu’en 2009, avec légèreté et désinvolture, un journaliste algérien reproche à Djamila Bouhired et à Youcef Chahine. Le mensonge et l’insulte ont commencé dans la presse coloniale. Je suis atterrée de lire aujourd’hui dans mon pays, sous la plume d’un compatriote, ce que nous n’avons eu cesse de combattre.

Certains compagnons sont morts, ils ne peuvent plus se défendre. Nous sommes encore en vie alors que le travail de révisionnisme a déjà commencé. Nous allons nous aussi disparaître.

Que lira-t-on dans cinquante ans dans la presse algérienne ? Cette question, au-delà des mensonges sur Djamila Bouhired, nous interpelle tous. Il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme : notre société est gangrenée.

Comme peuple, comme nation, comme État, l’avenir de l’Algérie est gravement compromis si on ne revient pas à la vérité historique pour mettre un terme à cette infâme entreprise de dénigrement et de destruction de nos symboles.

J’ai foi en la nouvelle génération. Elle est plus instruite. J’ai foi aussi parce que depuis des années, j’ai pu mesurer sa curiosité et sa volonté de mieux connaître l’histoire de son pays.

Elle est fière d’appartenir à ce peuple, elle doit rester vigilante.

Z. D.



Si chaque homme avait du respect pour chacune de ses femmes, ou même pour toutes les femmes vivant dans l"ombre, qui se battent inlassablement chaque jour que dieu fasse, le monde serait meilleur, la vie serait encore plus belle à vivre.
A qui profite toutes ses guerres? toutes ses tueries? si ce n'est au profit de l'homme?
Chacune de ses femmes, ces hommes sont des héros, et le resteront à jamais, qu'ils soient par la vie qu'ils ont donné, ou par leur plume qu'ils ont signé.


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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Jeu 26 Aoû 2010 - 4:11

Salut tata comment tu vas ?

Je ne me rappelle plus exactement ou j' ai lu ou entendu ça (je vous prie humblement d'excuser mon manque de culture et mon ignorance) mais il est écrit quelque part que le paradis est au pieds des mères. Nous devrions par conséquent vénérer les pointure 36/37 des ces dames car ce sont les portes de notre salut.

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Jeu 26 Aoû 2010 - 4:20

Lala Fatma N'Soumer





1- La résistance de Lala Fatma N'Soumer

Lalla Fatma N’Soumer n’ignorait rien de l’évolution des événements qui se déroulaient autour d’elle dans la région dans la mesure où elle était constamment informée des mouvements des troupes françaises à Tizi Ouzou entre 1845-1846 et dans la région de Dellys en 1847.

Lorsque l’armée française lança une expédition sur la région, elle fit preuve d’un grand courage. Elle sauva Boubaghla qui se trouvait au village Soumer après le premier affrontement qui avait eu lieu au village de « Tazrouts » entre les troupes du général «Missiat" et les indigènes. Ces derniers, après avoir vaillamment résisté, avaient du se replier, compte tenu du déséquilibre du rapport des forces humaines et matérielles. Le général devait franchir deux points difficiles qui sont : Thachekrit et Thiri Bouirane.

Boubaghla avait participé à cette bataille au cours de laquelle il fut blessé et sauvé par Lalla Fatma, qui était restée à ses côtés. Ils demeurèrent à Béni Yenni, d'où ils appelaient au combat. Elle participa avec lui à la plupart des batailles qu’il a livrées parmi lesquelles la bataille de Oued Sebaou livrée le 7 avril 1854, contre les forces d’occupation commandées par le général Woolf où Fatma N’soumer fit preuve d’une rare bravoure.

Elle enregistra d’autres victoires aux environs de Illeti, Tahlijt Nath, Bourja, Taourirt Moussa et Tizi Bouabir, prouvant que la direction de la résistance algérienne n’était pas réservée uniquement aux hommes. Les femmes y ont également participé de toutes leurs forces.

A la mort du chérif Boubaghla, elle ne s’arrêta pas mais poursuivit la résistance, livrant plusieurs batailles contre les troupes françaises, dont la plus importante fut la bataille d’Icheridène qui eut lieu le 24 juin 1857 à Larbaâ Nath Iratène. Toutefois, l’inégalité des forces avait entraîné la défaite des insurgés. Elle se retira alors dans les monts du Djurdjura où elle constitua des groupes de combattants rapides, chargés de suivre les arrières de l’armée française et de leur couper la route des communications et des renforts.

En raison des attaques continues de la combattante et l’accroissement de son audience, les autorités françaises, craignant le danger qu’elle représentait, lui préparèrent une armée commandée par le Maréchal Randon qui se dirigea vers les villages d’ « Aït Tsouragh » et « Icherridène » où était basée Fatma N’soumer en compagnie de 7000 hommes et un certain nombre de femmes. L’affrontement entre les deux troupes eut lieu le 11 juillet 1857 mais, malgré la résistance héroïque des insurgés, la balance pencha en faveur des Français en raison de l’inégalité des forces. La bataille s’acheva par la mort de 44 soldats français dont deux officiers et 327 blessés dont 22 officiers. Après les pourparlers, un cessez-le-feu fut conclu et assorti de quatre conditions :

- le redéploiement des troupes françaises en dehors des villages et des hameaux d’habitation

- L’exonération des taxes

- La non poursuite et la non sanction des chefs de la résistance

- La protection des biens et des personnes

Les négociations étaient dirigées du côté français par le Maréchal Randon et du côté algérien par Si Tahar. Le Maréchal Randon fit semblant d’accepter les conditions mais ordonna l’arrestation de la délégation algérienne à sa sortie du campement. Plus que cela, il envoya le capitaine Fouchoux au village de Takhlicht Nath Atsou pour arrêter Lalla Fatma N’soumer, qui fut arrêtée avec un certain nombre de femmes.

Des sources rapportent qu’au cours de la bataille, l’armée française avait saisi de nombreux biens, emportant les bijoux des femmes ainsi que 50 fusils et plus de 150 manuscrits d’ouvrages scientifiques et religieux.

Lalla Fatma N’soumer fut isolée dans la zaouia de Béni Slimane près de Tablat sous la garde du Bachaga Tahar ben Mahieddine et y demeura durant six ans jusqu’à sa mort en septembre 1863 à l’âge de 33 ans.


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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par tiziri le Jeu 26 Aoû 2010 - 21:42

magicbenoit a écrit:Salut tata comment tu vas ?

Je ne me rappelle plus exactement ou j' ai lu ou entendu ça (je vous prie humblement d'excuser mon manque de culture et mon ignorance) mais il est écrit quelque part que le paradis est au pieds des mères. Nous devrions par conséquent vénérer les pointure 36/37 des ces dames car ce sont les portes de notre salut.


Ce paradis!!! et quel paradis!!!!! Ce statut qu'a donné Dieu à travers le Saint Coran, statut distingué par rapport à celui du père pour ce qui est du dévouement, d’affection et de charité. pour avoir donné la vie à l’enfant, la mère avec tous ses efforts porte la totalité du poids et de l'effort, de la conception à l'accouchement, C’est elle qui entretient l’enfant, au détriment de sa santé physique et mentale, ce que la mère procure à son enfant ne peut être procuré par personne.
Chacun d'entre nous doit donc prendre soins de cette mère irremplaçable.....................Quand à vénérer telle ou telle pointure, chacun sait et connait son devoir envers celle qui l'a porté neufs mois durant sans se plaindre
Quand à la mienne, je prie dieu qu'elle vive aussi longtemps en parfaite santé, ainsi que toutes les autres mères quelque soit leurs croyances.......

D’autre part, lorsqu'un homme choisit la mère de ses enfants. Il doit choisir celle ayant assez de conscience, de bon caractère et de bonne éducation. Il ne doit pas compter uniquement sur le coup de cœur, ou la beauté, ou l'argent, car en vivant dans le cadre de la vie conjugale, on ne vie pas avec le carnet de chèques ou avec le tableau d’art, mais avec une femme et à travers sa raison, son humanité et son caractère, il épouse celle qui est pieuse qui saura donner une bonne éducation à ses enfants. Bien sûr, il ne s’agit pas de la piété formelle, mais de la piété par la raison, par les sentiments et par toute la vie.

Quand à l'autre...... elle étouffe........................ le ti gamfoud.

delirium Magic??????????
Bien à toi


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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par tiziri le Jeu 26 Aoû 2010 - 23:13

Kahena Reine des Berbères


Tiens Magic, en premier lieu je vénère la mère des combattantes de notre patrie!!

Cette reine berbère zénète des Aures fut la mère de toutes les combattantes du pays, ainsi faisant face aux Omeyades lors de l'expansion islamique en Afrique du nord au 7ème siècle,
c'est une des premières féministes bien avant le Moyen Âge et une des premières reines guerrières de l'histoire, à qui Ibn Khaldoun attribue des pouvoirs surnaturels,
La Kahina,s'appelait Dyhia Tadmut qui veut dire la belle gazelle en berbère,
Ce surnom Kahina a plusieurs significations, notamment en arabe, la sorcière, en grec, Kahina est tiré de Karina qui signifie être pur, En hébreux le mot est proche de Cohen qui a un sens de prêtre.

Plusieurs femmes ont évoqué la Kahina, comme Gisèle Halimi dans son livre La Kahina ou Baya Jurquet-Bouhoune dans son livre Femmes algériennes de la Kahina au Code de la Famille, où elle dénonce le code de la famille adopté le 9 juin 1984 en Algérie.
Gisèle Halimi a déclaré pour sa part:
«J’ai voulu clore ce cycle par la Kahina. Dans son contexte historique, je l’ai fait vivre, aimer, guerroyer, mourir. Comme mon père, Édouard le Magnifique, l’aurait peut-être imaginée. La Kahina était-elle son ancêtre? Peut-être. L’ai-je aimée en la faisant revivre. Oui. Passionnément.»
Dans la littérature algérienne contemporaine, Kahena est évoquée dans les œuvres de Kateb Yacine ainsi que beaucoup d'autres écrivains.
«L’originalité de Kateb, suivant l’essayiste, est d’avoir fait de Kahina une païenne au sens non idolâtre ou polythéiste, mais dont le paganisme s’apparente à un matérialisme moderne. Dans la «femme sauvage» Kateb présente la Kahina comme une adoratrice de la terre, seule divinité qu’elle reconnaisse. Cette passion pour la terre est synonyme de patriotisme. Kahina prend alors l’image de “la vierge aux abois” nommée la “Numidie”, abandonnée mourante par “Jugurtha”, comme l’évoque Rachid dans son roman Nedjma en se disant: «Et c’est moi, Rachid, nomade en résidence forcée, d’entrevoir l’irrésistible forme de la vierge aux abois (Kahina), mon sang et mon pays; à moi de voir grandir sous son premier nom arabe la Numidie que Jugurtha laissa pour morte.»
Mohammed Khaïr-Eddine: «Khaïr-Eddine, selon Zemmouri, évoque Kahina dans ses textes comme une ancêtre emblématique . Dans Agadir le héros reconnaît comme divinité la «Déesse Sudique Rutilante» qui semble désigner à la fois Kahina et la terre du sud . L’histoire devient alors mythe. Mais alors que Farès et Kateb exaltent et célèbrent en elle la femme qui symbolise la résistance aux envahisseurs arabo-musulmans, Khaïr-Eddine, lui, préfère voir en elle le symbole de la révolte (contre l’ordre établi).» . Dans ce même roman Kahina proclame: “ Je suis Kahina La Berbère. Les roumis m’appellent la Reine Serpent de Barbarie. Mais je suis communiste …

Merci pour tes sujets Magic, tu nous fais transporter de ville en ville à travers ce vaste et magnifique pays, dont l'histoire et la culture sont si riches................

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Ven 27 Aoû 2010 - 0:29

Je savais que tu parlerai de la Kahina et si je ne l'ai pas citée c' est parce que je t'en réservais la primeur. Je voudrais aussi citer une femme algérienne atypique mais qui elle aussi s'est donnée corps et âme à son pays :



Louisette Ighilahriz


Louisette Ighilahriz est née le 22 août 1936 au Maroc. Engagée à 21 ans auprès des indépendantistes algériens alors que la « bataille d’Alger » bat son plein, elle fuit au maquis, car elle est recherchée en ville. Le 28 septembre 1957, la jeune femme est grièvement blessée dans une embuscade tendue par l’armée française. Rapatriée d’urgence dans un hôpital, elle passera plus de trois mois dans les locaux de la 10ème D.P. à Alger, torturée par un colonel. Un médecin de l’armée française la fait finalement transférer en prison alors que ses forces commencent à l’abandonner. Mais Louisette n’a pas parlé.

Liberté 16 juillet 2001
Entretien avec Louisette Ighilahriz
"Certains ont falsifié l’Histoire"

La femme n’est plus à présenter. C’est par elle que la torture pratiquée, il y a 40 ans par les paras de Massu et autres, est revenue aujourd’hui dans l’actualité, notamment en France. Arrêtée à Chebli suite à un accrochage qui lui vaudra cinq balles dans le corps, elle sera torturée, après avoir été soignée par le capitaine Graziani. Aujourd’hui qu’elle va sur ses soixante-cinq ans, elle consacre toute son énergie à dénoncer la pratique de la torture par l’armée française.

-Liberté : Que ressentez-vous après la publication du livre de vos souffrances subies pendant la guerre de Libération ?

Louisette Ighilahriz : Je n’ai pas cessé de dévoiler les abjects et ignobles actes de torture qu’on m’a fait subir. Cependant, nous vivions dans une société traditionnelle dans laquelle il m’était très difficile de révéler et d’écrire tout ce que j’avais subi pendant les séances de torture de 1957.

En outre, pendant toutes ces années, j’étais à la recherche du commandant Richard qui m’avait arrachée aux tortionnaires de Massu. Je n’ai même pas eu l’occasion de lui exprimer ma gratitude, chose qui me tourmentait depuis 1962. À travers ce livre, je veux absolument mettre en exergue ce qu’est le colonialisme français et surtout dire à la jeunesse que l’Indépendance algérienne ne nous a pas été offerte par la France.

-Ne pensez-vous pas que les autorités judiciaires françaises soient partiales et sélectives, en pensant notamment au procès de Maurice Papon, condamné pour collaboration avec les nazis, mais n’ont soufflé mot sur l’organisation de la répression de la marche du 17 octobre 1961 ?

La manifestation d’octobre 1961 a été des plus pacifiques.

Elle a été organisée pour dire halte à la répression en Algérie. Hélas, le résultat on le connaît : ce furent des centaines de morts jetés pour la plupart dans la Seine.

Ce fut un véritable "Ouradour-Sur-Seine". La France reconnaît les autres massacres mais jamais les siens. Elle ne veut pas reconnaître le massacre du 17 octobre 1961, car c’est un véritable crime contre l’humanité. Comme d’ailleurs le massacre du mois de mai 1945.

C’est bien beau de reconnaître le génocide arménien, car elle n’y a pas pris part. Pourquoi les autorités françaises se refusent de reconnaître les enfumades, les différentes exterminations de villages algériens depuis 1830 ? Ces faits sont connus. Actuellement, on s’acharne à confiner la pratique de la torture pendant la Révolution à Alger alors que c’est faux.

-Certains anciens officiers français vous accusent de terrorisme pendant la guerre ?

Dernièrement, j’étais en duplex sur une chaîne de télé avec Schmitt. Il nous traitait d’assassins, de poseurs de bombes. Je lui ai dit : "Mais qui a le premier déposé une bombe de 17 kg à minuit à la rue de Thèbes dans la Casbah ?" Ce sont eux. On avait combattu avec nos moyens et notre cause était juste et valait tous les sacrifices. Et puis Schmitt est connu pour être le tortionnaire en chef à l’école Saroui. C’est là-bas que Ourida Meddad a été défenestrée.

-Qu’attendez-vous après avoir déposé une plainte contre X ?

Je demande une réparation morale, que les autorités françaises reconnaissent la pratique abjecte de la torture pendant la guerre d’Algérie. Cela dit, si elles décident de dédommager, chose par ailleurs inestimable, pour ma part, leur argent ira directement vers une association caritative.

-Le sujet de la pratique de la torture pendant la guerre est-il aussi franco-français pour que les autorités algériennes ne disent rien ?

Depuis quelques jours, tout le monde se réveille, le Premier ministre a enfin demandé de témoigner. Pour ma part, cela fait un an que je mène ce combat, seule et sur tous les plans.

-On croit savoir que vous subissez des pressions occultes. Qui en est derrière et pourquoi selon vous ?

C’est au téléphone comme des lâches qu’ils me disent : "Arrêtez votre campagne. Cessez de parler de torture". Ça a commencé trois mois après les révélations du journal le Monde. Ils ne cessent de me harceler au téléphone. Mais pourquoi ceux-là ne veulent-ils pas que je parle ?

De quoi ont-ils peur ? ... Il me semble que des intérêts seraient en jeu ou alors ce sont certains qui se sont faits passer pour des héros mais qui, finalement, avec le temps, se sont avérés des moins que rien. Certains ont falsifié l’histoire. Je suis contre ces gens qui ne cessent de mentir à notre jeunesse.

-Comment avez-vous choisi de titrer votre livre Algérienne ?

Après plusieurs titres proposés, mon éditeur m’a proposé Algérienne, sachant que ce livre est destiné au lectorat français, et comme je le sentais profondément, j’ai accepté de le retenir. Et puis, j’ai combattu pour une Algérie unie sans partage. Je voulais appartenir à l’Algérie. Mes ancêtres ne sont ni Gaulois ni Arabes, ils sont Amazighs. Cessons de tout travestir.

-Juste après vos révélations, l’été passé, dans le quotidien français le Monde, les langues se sont comme subitement déliées. Pourquoi selon vous ? En seriez-vous le déclic ?

C’est clair et net, oui. Le capitaine Graziani était l’adjoint d’Aussaresses et ce dernier était sous les ordres de Massu. Il se trouve qu’on m’a mise dans les locaux de la 10e division parachutiste à laquelle ils appartiennent tous.

Le fait que j’ai dénoncé tout ce monde, preuve à l’appui, et remercié le commandant Richard, mon sauveur, a bouleversé beaucoup de monde. L’interview fut une opportunité pour dénoncer là-bas ce que j’ai subi ici.

Propos recueillis par : Hamid Arab

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Ven 27 Aoû 2010 - 4:22

Hafsa Bisker : Moudjahida, pharmacienne, militante des droits des femmes




Hafsa la pharmacienne, Hafsa l’antihéroïne

« Les dirigeants ont promis qu’ils tiendraient leurs promesses. Entendez par là qu’ils ne sont pas près de les lâcher. » Coluche

D’emblée, on apprécie la sobriété et le charme du trait, le visage avenant de Hafsa avec cette propension à citer, non sans une charge émotionnelle et affective, son papa, comme elle se plaît à le désigner au détour d’une phrase ou d’un fait vécu. Son père lui a inculqué les vertus du savoir et lui a transmis son éducation. Et en guise de reconnaissance, Hafsa le cite chaque fois avec beaucoup de tendresse et de respect.

Du reste, l’empreinte de Hadj Aïssa, si elle est évidente sur la famille, aura aussi marqué toute une génération à Bou Saâda et ailleurs par sa culture, sa générosité et son sens du devoir. Les Bisker ont une longue histoire qui a croisé celle de l’Emir Abdelkader. Lors de l’installation de l’Emir en Syrie, défense lui fut faite par la France, ainsi qu’à ses enfants, de remettre les pieds sur le sol algérien. Mais la France, ayant apprécié le rôle hautement humanitaire joué par l’Emir qui a sauvé les chrétiens du massacre en Syrie, autorisa ses enfants à retourner en Algérie.

C’est ainsi que l’Emir El Hachemi, fils de l’Emir, regagnait l’Algérie en 1894 après la mort de son glorieux père. Celui-ci, sentant ce désir dans le cœur de son fils, lui dit un jour : « Si tu dois retourner au cher pays natal, je te conseille de te diriger vers Bou Saâda où je conserve encore de fidèles amis parmi les Cherif et les Bisker. » En effet, deux frères, Hadj Mohamed et M’hamed, fils de Kouider Ben Bisker, se rendirent à Damas pour passer plus d’un mois auprès de l’Emir Abdelkader lors de leur pèlerinage à La Mecque et à El Qods. Celui-ci les traita en hôtes de marque, en raison de l’aide que leur avait fournie leur père Kouider dans le saint combat mené contre l’envahisseur.

Derrière son regard déterminé d’une intellectuelle engagée, Hafsa nous retrace les étapes de sa vie où, à 20 ans, la tête pleine de projets, elle n’a pas hésité pourtant à rejoindre le maquis. Dans le contexte qui était le nôtre, ce n’était pas évident. Hafsa Bisker est née le 7 mai 1933 à Bou Saâda, issue d’une famille de lettrés, dont le grand-père, Mohamed, poète, journaliste, disciple de Ben Badis, Mohamed Abdou, Djamel El Afghani, a contribué, à sa manière, à insuffler une nouvelle dynamique à la Nahda pour tenter de sortir le monde arabe de sa léthargie. Il écrivait dans El Bassaïr et sa signature était un couteau boussaâdi.

Aïssa, son père, était un personnage à Bou Saâda. Doté d’une large culture, il incarnait bien la trajectoire incomparable des Bisker. « Il enseignait les maths et les sciences au cours complémentaire. Mohamed Boudiaf a été l’un de ses élèves. Moi, j’ai fait l’école primaire des Plateaux à Bou Saâda, avant de joindre Alger où mon père avait été nommé inspecteur par les oulémas. ll dispensait ses cours à l’école Sarrouy et a eu comme élèves Bentoumi Amar, Oucharef, Kaddache, Gadiri, Derouiche et bien d’autres, devenus par la suite des hommes illustres. J’ai étudié à l’école Chabiba, à la rampe Valée, sous la direction de Cheikh Athmane. L’une de mes camarades, qui est restée une grande amie, est Mme Abane Izza Bouzekri. »

Hafsa rejoint l’école de Fontaine fraîche dès le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. Le climat tendu dans la capitale inquiète et dissuade sa famille qui part à Aïn Lahdjel, « où les aléas de la guerre sont plus supportables ». Dans cette ville, située entre Sidi Aïssa et Bou Saâda, Hafsa effectue son cursus scolaire classique dans une école rurale. « Les journées étaient éprouvantes, avec un régime draconien à la stalinienne. On se levait à 5h du matin pour aller réciter le Coran et accomplir la prière du fadjr. On revenait à l’école où les cours étaient dispensés de 7h30 à 12h. On y retournait après la prière du dhor, jusqu’au crépuscule. On était lessivées, complètement épuisées. »

A la fin de la guerre, la famille retourne à Alger, où son père officiait à l’Ecole de l’Allée des Mûriers, à Belcourt. Mais, deux ans plus tard, il est muté à Bou Saâda où Aïssa est promu directeur en remplacement de Grimal. « C’était un tournant pour l’enseignement dans cette ville où les indigènes, réduits à des citoyens de seconde zone, seront réhabilités et verront s’offrir à eux davantage de chances de réussite », nous dit Djamel, frère cadet de Hafsa. A Alger, Hafsa passe avec succès son brevet au lycée de Maison carrée, devenu lycée Ourida Meddad, « l’une des premières filles que j’ai recrutées au sein de l’Organisation ».

Une brillante élève

« Au lycée, les disparités étaient flagrantes et les colons concevaient mal la présence d’une Arabe, à tel point qu’ils exploitaient le moindre prétexte pour me décourager. Par exemple, la directrice m’avait imposé l’arabe dialectal à l’examen, alors que j’avais opté pour l’anglais. » En 1951, Hafsa passa avec brio le probatoire du bac en sciences élémentaires, ce qui lui ouvre les portes du lycée Fromentin (Descartes), où elle décroche la deuxième partie du baccalauréat. « Je voulais faire médecine, mais mon père ne voulait rien entendre. Jugeant cette spécialité à risques pour une femme obligée d’être sur ses gardes même la nuit pour les cas urgents.
Compte tenu des considérations de l’époque, et surtout du statut insignifiant de la femme, cette projection était une vue de l’esprit considérée par les mâles comme une atteinte aux valeurs ancestrales. Mon père me suggéra de faire de l’enseignement. Mais ce n’était pas ma vocation. Je voulais à tout prix être au service de ces femmes malheureuses, délaissées, au bord du désespoir. Finalement, j’ai dû accepter la proposition de mon père. J’ai enseigné une année à l’école de filles de Bou Saâda. A l’époque, une femme ne sortait pas sans voile. Imaginez ma position. Cela a été une révolution, mais c’était pénible. Mon père s’en est rendu compte. Il a vu que je m’ennuyais, alors il m’a débrouillé un stage en pharmacie que j’effectuais en parallèle à l’enseignement. En 1953, je remonte sur Alger pour passer l’examen de pharmacie, en priant Dieu de me compter parmi les ‘‘recalé(e)s’’, tant je tenais à la médecine. Finalement, j’ai réussi et j’ai dû me résoudre à mon sort. C’était mon destin ! »

Les conseils de Abane

« On habitait à Notre-Dame d’Afrique, et comme j’étais une lectrice acharnée, j’ai lu sur le journal, au printemps 1954, la déconfiture de Dien Bien Phu et la débandade française. Je me suis dit : ‘‘qu’est-ce qu’on attend pour leur donner le coup de grâce ?’’ J’étais déjà psychologiquement préparée et lorsque la déflagration du 1er Novembre se produisit, j’étais folle de joie en compagnie de mon amie Izza Bouzekri, avec laquelle on s’était échinées à trouver une alternative pour entrer dans l’organisation. Izza, devenue Mme Abane, trouve un contact, et, dès juillet 1955, on était dans la Révolution. On a activé avec Amara Rachid, Lounis, Sabor, Taouti, etc. J’activais à Alger au sein du fln. Je recrutais les jeunes filles disposées à entrer dans la lutte.
Le siège des sœurs blanches, au-dessus de la fac centrale, était notre port d’attache qui n’éveillait aucun soupçon. C’est là que j’ai rencontré Kebaïli Ouassila et Ourida Meddad. C’étaient des lycéennes. Je les ai fait rentrer au fln. c’est par le biais de Amara que j’ai connu Abane Ramdane. J’activais dans un réseau. Abane et Ben M’hidi avaient voulu donner corps à la Révolution en incitant les étudiants à se présenter aux élections de l’ugema. Ça a été une révolution, un véritable plébiscite. On aurait dit que les Algériens n’attendaient que ça. Le président élu était Benyahia. Zoulikha Bekadour, qui était en propédeutique, a été élue trésorière et moi en qualité de secrétaire générale. C’était une aubaine pour moi, une chance extraordinaire, mais aussi une couverture pour mes activités militantes.

On a organisé des conférences, des débats à la salle des Actes et la Robertsau avec des musiciens, des artistes. On s’est réappropriés la parole. J’envoyais tous les documents aux organisations internationales pour les alerter sur toutes les exactions, toutes les atrocités commises par l’occupant français. A un moment, le vase a débordé, on ne pouvait plus reconnaître la France. On n’allait tout de même pas encadrer des cadavres ! Abane m’avait mise en contact avec Nassima Hablal et Izza, tout en me suggérant d’opter pour la clandestinité afin d’assurer ma sécurité… J’étais hébergée chez une famille française progressiste, les Coudre, dont le mari était surveillant général à l’Ecole normale de Bouzaréah.

En mai 1956, j’ai pris le maquis. A Bordj Menaïel, j’ai rencontré Si Salah Zamoun, ainsi que M’hamed Bouguerra à Palestro, qui voulait que je reste dans la région, mais pour une question d’efficacité je voulais activer ailleurs pour être plus utile. En septembre 1956, après le congrès de la Soummam, j’ai rencontré Si Cherif Mellah à Berrouaghia. Je m’occupais des blessés. Je les soignais. J’étais carrément autonome dans mon infirmerie ambulante. J’ai mis à contribution toutes les relations de mon père pour m’approvisionner en médicaments. Pour soulager les grandes douleurs, le somnifère était toujours sur moi, je peux témoigner qu’il y avait des massacres terribles infligés aux familles hébergeantes.

On m’avait chargée de former des infirmières pour les premiers soins d’urgence du côté des Douayer. Je changeais de prénom à chaque fois, à telle enseigne que l’ennemi a cru à l’existence de plusieurs infirmières. Ça les a complètement déroutés. Comme j’étais recherchée, je me réfugiais chez ma tante à Aïn Boucif. La situation se compliquait. Mon père, Aïssa, a été relevé de ses fonctions et expulsé. comme j’étais activement recherchée, le fln m’a demandé de partir. En 1958, je pars à Lyon puis en Suisse pour joindre la Tunisie où j’étais surveillante dans un lycée, alors que papa enseignait dans un établissement à Djendouba. Je me suis inscrite en droit tout en poursuivant mes études en physique-chimie biologie ».

Secrétaire générale de L’UGEMA

Hafsa active au bureau de l’ugema à Tunis. Invitée en tant que membre observateur au congrès de l’uget à Monastir, l’Ugema s’illustre à travers Hafsa qui réplique sèchement à Bourguiba qui avait répondu méchamment au mémorandum du Dr Lamine Debaghine. Elle poursuivra son combat jusqu’à l’indépendance, et elle ouvrira une pharmacie à Bab El Oued, qu’elle fermera pendant une année, en 1964, pour protester contre les propos irresponsables de Ben Bella qui avait déclaré que « la place n’était plus au stylo mais à la pelle », peu après avoir commis cette autre ineptie appelant le peuple à aller « dégraisser dans les hamams les bourgeois. » Hafsa goûte à une paisible retraite depuis 1989. Parler avec elle du statut de la femme ? Son exaspération n’a rien d’un coup de sang, ses paroles ne sont pas prononcées sous le coup de l’emportement.

Depuis toujours, elle s’échine à lutter contre les inégalités avec un œil critique qui ne plaît pas forcément aux décideurs. Le combat qu’elle a mené est aussi intimement lié à celui de la femme, fait-elle savoir, en continuant à servir, bon an mal an, la cause et se méfiant toujours de l’instrumentalisation politique qu’on en fait. « Vous savez, les balles de l’ennemi n’ont pas choisi les poitrines des hommes et des femmes qui sont morts vaillamment au champ d’honneur. La femme est l’un des piliers de la société. Elle n’est pas égale, mais le complément de l’homme. Actuellement, il y a beaucoup d’entraves pour l’émancipation de la femme. Le code de l’infamie n’est pas juste. Mettez-vous à la place de la femme répudiée après 40 ans de mariage et qui se retrouve à la rue atrocement seule au ban de la société. Il faut que cela change, même si des avancées appréciables ont été faites. En tout cas, j’estime que notre combat n’a pas été un simple coup d’épée dans l’eau. Il n’a pas été vain même si nous constatons des dérives regrettables. »

Parcours : Née en 1933 à Bou Saâda, Hafsa Bisker a bientôt 77 ans, et garde toujours la même verve et la même détermination. A 20 ans, elle s’engage dans la Révolution. Ni son statut d’infériorité par rapport aux hommes ni les rigueurs des maquis ne la découragent. Elle s’acquitte convenablement de ses missions. Intellectuelle, elle a décroché son bac au début des années cinquante, elle mettra son savoir au service des autres, notamment les plus démunis pour lesquels elle s’est battue et continue de se battre. Militante des droits des femmes, elle s’en prend au code de « l’infamie » qui est loin de régler les problèmes auxquels est confrontée la gent féminine. Pour elle, la femme est le complément de l’homme et, pour avancer, une société a besoin de ses deux jambes. Pharmacienne à Bab El Oued, elle a tenu son officine durant de longues années avant de prendre sa retraite en 1989.

Par Hamid Tahri – EL WATAN 11/03/10


Apparemment cet article date de 2000, qui pourrait nous dire si cette GRANDE DAME est toujours en vie ?

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Ven 27 Aoû 2010 - 10:45

Un second éclairage sur la vie de Lalla Fathma N' SOUMER



Fathma n'Soumer, appelée communément lalla Fathma, porte donc le titre honorifique "lalla", réservé aux princesses et aux saintes. Elle est en effet considérée comme une héroïne algérienne car elle s'est toujours insurgée contre la domination, sous toutes ses formes. Elle a voué sa vie entière non seulement à son affranchissement de la tutelle de l'homme, mais encore pour combattre la domination coloniale.

Elle vit le jour à Ouerja en Kabylie, au moment où l'occupation française a commencé en 1830. Son vrai nom est Fathma Sid Ahmed. Elle vécu dans le village de Soumer, d'où son surnom, mais le maréchal Randon la surnommait, lui, "la Jeanne d'Arc du Djurdjura". Capturée en 1857, elle fut emmenée dans le camp de Beni Slimane où elle mourut en 1863, à l'âge de 33 ans.

Une comabattante, mais une femme libre avant tout !

Lalla Fathma a toujours voulu s'affranchir de la tutelle de l'homme et sa nature kabyle, réfractaire à toute domination, l'a conduit à se battre contre l'occupation de l'armée française dans les années 1850. Avant sa capture, Fathma n'Soumer aurait commandé une armée de 45 000 hommes et femmes pour affronter les troupes du Maréchal Randon.

Lors de certaines batailles, elle pouvait affronter plusieurs divisions. Mais au-delà de la guerrière, lalla Fathma s'avère être une femme instruite, passionnée, avec une personnalité peu commune

Une femme instruite, une femme de convictions

Lala Fathma était une femme instruite, puisque dès son enfance, elle étudia le Coran avec son père, Mohamed Sid Ahmed, fondateur d'une école coranique à Soumer. Au milieu du XIXe siècle, les femmes kabyles n'avaient pas accès à l'instruction, ce qui fait de lalla Fathma une privilégiée sur ce point.

Jeune fille décidément insoumise, elle s'opposa courageusement à la décision des hommes de sa famille de la donner en mariage à l'un de ses cousins dans son jeune âge. Cela est extraordinaire dans le contexte social de la Kabylie de l'époque !

Une femme peu commune !
Son refus lui valu la réputation de "femme peu commune". Un surnom qui semblerait anodin ou flatteur de nos jours, mais qui pour l'époque était plutôt une critique : "C'était un titre difficile à assumer, indique M. Bitam (1), dans la société kabyle du XIXe siècle".

Fathma N'Soumer était en effet considérée par les villageois comme une marginale, voire une folle. Lalla Fathma consentit à se marier plus tard, mais uniquement, selon M. Bitam, dans le but de faire taire les mauvaises langues qui disaient qu'elle refusait de se marier parce qu'elle n'était plus vierge ! Sa seule arme de résistance sera de se refuser à son mari en préservant sa virginité. Elle vivra avec Yahia n'Ait Ikhoulaf quelques mois, avant de déserter le foyer conjugal ; sa belle-famille excédée par la résistance et l'excentricité de cette forte tête la ramèna chez ses parents.
Fathma de Werja devient lala Fathma n'Soumer

Quelques jours après, elle rejoint son frère marabout au village Soumer. Celui-ci, qui était un "cheikh", accepta la compagnie de sa soeur, laquelle s'appliqua à perfectionner ses talents de prédiction. Si les habitants du village se méfiaient de lalla Fathma à son arrivée, ils s'habituèrent à ses "excentricités", lui vouant même un certain respect. Ils appréciaient son intelligence et ses talents, en ce qui concerne les prédictions et la résolution des litiges.

Mais un jour de l'année 1852, elle convoqua les villageois pour leur annoncer l'approche imminente de l'ennemi. Elle leur dit : "Chaque nuit, je vois des hordes farouches qui viennent nous exterminer et nous asservir. Nous devons nous préparer à la guerre !". Prenant ses révélations très au sérieux, des émissaires parcourent alors toute la Kabylie pour mobiliser les hommes contre l'envahisseur qui s'annonce.

Lorsque "Boubeghla", de son vrai nom Mohamed El-Amdjed Ibn Abdelmalek, arrive de l'ouest de l'Algérie à Illiten en 1848 pour se consacrer à la lutte contre l'occupation des troupes françaises, il s'approche de la famille d'Ait Ahmed, très puissante à l'époque, pour former un front de lutte à partir de la Kabylie. C'est ainsi que l'ancien compagnon de l'Emir Abdelkader dans la guerre contre l'occupation, a eu le béguin pour la Jeanne d'arc du Djurdjura et... cela fut réciproque.

Fathma devient la compagne de Boubeghla

Alors qu'un jour il revenait blessé d'une bataille, elle lui déclara implicitement sa flamme. Boubeghla, qui était marié et polygame, fit le vide autour de lui pour se consacrer à la femme qu'il aimait : "Il se serait séparé de ses femmes sur demande de sa douce moitié ", selon M. Bitam, qui déclare que chez "Fathma n'Soumer a primé le caractère humain de la femme sur celui du vulgaire objet." Car lalla Fathma était décidément bien plus que cela.

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Ven 27 Aoû 2010 - 10:59

Ourida Meddad

Ourida Meddad, défenestrée par les paras tortionnaires à l’école SARROUY le jeudi 29 août 1957 à vingt trois heures , à l’âge de seize (16) ans, fille unique d’une famille dont le père est originaire de Tigounatine, commune d’Akerrou, daïra d’Azeffoun, dans la willaya de Tizi ouzou.




La nuit du jeudi 29 août 1957.
La jeune fille de 16 ans, militante de l'indépendance nationale, agent de liaison d'un important responsable de la Zone autonome d'Alger, arrêtée quelques jours auparavant, vient d'entrer pour la énième fois dans la salle de tortures où officient les lieutenants Schmitt, chef de la compagnie d'appui, et Fleutiot, son arrestation est due à la dénonciation d'un "bleu de chauffe", (un rallié).
Il est environ 23 heures, c'est la quatrième séance de tortures qu'elle subit depuis le début de la matinée. Gégène, baignoire, insultes, fatiguée, éreintée essorée, Ourida Meddad, résiste.
A chaque fois, elle leur fait croire qu’elle a cédée, ses tortionnaires jubilent croyant atteindre leur but, en vérité, Ourida cherche des moments de répit.
Elle fait mine d'accepter de les conduire au refuge du responsable politique de la Zone autonome d’Alger, une fois sur les lieux, les parachutistes du 3e régiment de parachutistes coloniaux se rendent compte que Ourida, leur victime, se moque d'eux.
Fleutiot la précède de quelques pas et lance à l'adresse de Schmitt: "L'oiseau s'est envolé". Schmitt est excédé, touché dans sa vanité, il ordonne une nouvelle séance de tortures, Ourida hurle, crie, crie, hurle, puis c'est le silence.
Schmitt fixe Fleutiot qui fixe un autre, un deuxième, puis un troisième parachutiste, un militant lui aussi assiste à la scène, des murmures, des chuchotements, puis l'un des parachutistes quitte la salle en criant « elle s'est défenestrée, elle s'est jetée par la fenêtre ».
Il est précisé par plusieurs témoins qu'une fois tombée dans la cour, Ourida Meddad n'est pas décédée sur le coup, on entendait ses gémissements, hurlements de douleurs jusqu'à son agonie au crépuscule.
Ourida portait en elle, sur son visage, sur son cou, sur son ventre, sur ses jambes les stigmates des tortures ordonnées par Schmitt et exécutées par Fleutiot et autres.
Ses apparentés qui l'attendaient à sa dernière demeure (la dépouille a été transférée sous bonne escorte directement de la morgue vers le cimetière d'El Kettar) ont bien constaté les hématomes, les traces de brûlures à la gégène sur différentes parties de son corps...


Temoignage de Lyès Hani présent ce jour là :



Dans la salle des supplices, Lyès Hani croise un jour une jeune fille qu’il connaît depuis qu’elle est enfant. Elle s’appelle Ourida Meddad. Elle a 19 ans. «Je sortais de la salle de tortures. Elle y entrait. On l’avait mise nue. On a commencé à la passer à la gégène devant moi. Le lieutenant Schmitt était là. Ensuite, on m’a fait sortir.» Lyès est enfermé avec d’autres détenus dans une salle de classe du rez-de-chaussée quand le corps d’Ourida Meddad vient se fracasser, un jour d’août, dans la cour de l’école. L’adolescente s’est-elle suicidée ou l’a-t-on jetée par la fenêtre? Il l’ignore. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’elle était dans la salle de torture, au premier étage, avant de chuter. «J’ai entendu l’un des tortionnaires descendre l’escalier à toute vitesse en criant: "La salope, elle s’est défenestrée!" J’ai retenu ce mot parce que c’était la première fois que je l’entendais. […]»

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Ven 27 Aoû 2010 - 20:45

Raymonde Peschard




Raymonde Peschard qui porta le prénom de Taous dans le maquis, est née à Alger, en 1927 à Saint-Eugène. Précocement engagée dans l’action politique auprès des plus humbles dès que sa conscience s’éveilla, grâce à un oncle Edouard Peschard. Un communiste cheminot à Constantine qui l’avait adoptée à la mort de sa mère et l’avait aidée à acquérir une formation d’assistante sociale et de femme militante.

Pendant les années 40, elle adhéra au PCA (Parti Communiste Algérien), et avait aussi de forts contacts avec les nationalistes du Vieux Rocher à Constantine. Raymonde se fait rapidement remarquer par les autorités coloniales qui ne tardent pas à la déclarer persona non grata dans les murs de Constantine.

Il y a 52 ans, le 26 novembre 1957, tombait en martyre pour l’indépendance de l’Algérie Raymonde Peschard. Au pied du mont « Tafartaste » (la dégarnie) qui surplombe le chef lieu de la daïra (sous-préfecture) de Médjana, fief d’El-Mokrani un autre grand resistant au colonialisme français en Algérie, du 19ème siècle, au lieu dit « Draâ Er’Rih » (la vallée du vent), elle est achevée par un officier après qu’elle eut été blessée. Tombée dans l’embuscade tendue, sur indications de harkis et autres collabos qui aperçurent le déplacement pédestre du groupe qu’elle conduisait, elle combattu jusqu’au dernier souffle. C’est des paysans qui indiquèrent à l’armée colonialiste, déjà aux aguets et aux abois depuis, déjà 3 années du déclenchement de la glorieuse guerre de libération.

Sa mort ne survient pas dans l’assaut donné par l’armée coloniale mais sa mort survient après être atteinte lors d’un combat qui a duré quelques heures, comme d’ailleurs d’autres membres du groupe. Blessée et capturée, elle ne pouvait supporter de voir ses frères, le docteur Belhocine et Oukmalou Arezki, achevés sauvagement. Devant les corps allongés de ses frères de combat, et malgré ses blessures, Raymonde trouvera le courage de déverser sur les soldats un flot d’injures, les traitants de sauvages, de barbares et de nazis (…). Un officier lui logera alors une balle dans la tête…

Comment elle s’est trouvée avec les 4 médecins à marcher à pieds pour traverser le "Massif des Bibans" (Les portes de fer), puis tomber dans l’embuscade ? Le groupe venant de la capitale Alger, où Raymonde était recherchée et susceptible d’être arrêtée, empruntait le train Alger-Bône (actuellement Annaba). Ils ont été surpris des contrôles qui se répétaient envers eux à chaque gare jusqu’à Bouira. Au niveau cette bourgade aujourd’hui chef-lieu de préfecture, ils se sont renseignés auprès de passagers sur la situattion qui prévaut dans l’Est-algérien, où la guerre s’est déjà installée à partir de la Kabylie et des Aurès.

Les troupes françaises ont été enforcées depuis l’offensive d’août 1955 et les Aurès constituaient une zone presqu’incontrôlable par les français. Et conjointement les membres du groupe ont décidé de quitter le train au niveau de la gare Beni-Mansour (village et ligne de chemin de fer citée par Guy de Mautpassant dans sa fabuleuse oeuvre "Tartarin de Taracson", là où un arrêt est obligatoire pour qu’une partie des voyageurs fasse la correspondance vers B’Gayathe "BEJAIA" (ex. Bougie). Ils devaient delà traverser à pieds le "Massif des Bibans" montagneux donc offrant plus de recoins pour le repos et de cachettes en cas... Mais au niveau de "Tafartas", si on n’escalade pas le mont on est visible, et à son pieds les plaines céréalières, d’ailleurs qui font la renommée de la région dite "Bled Essaba" (Pays du blé) sont presque dénudées et bien plates pour apercevoir le groupe.

La petite unité qu’elle commandait, dans un mouvement de transfert, était en trajet pour traverser l’est algérien. Elle se composait de 4 médecins dont les deux frères Belhocine et Oukmalou Arezki, tous docteurs en médecine, attelés à rejoindre clandestinement la Tunisie où les troupes de l’ALN étaient regroupées, et commençaient à se former et à s’équiper en logistique selon les normes d’une armée professionnelle. Ces troupes avaient d’énormes besoins dont celles d’encadrement divers et ceux médicaux lui manquaient plus. Outre que Raymonde Peschard était une infirmière douée d’un doigtée chirurgicale reconnue, elle avait été remarquée par son grand dévouement comme elle connaissait bien l’est algérien où, Constantine, elle avait vécu et grandi.

Raymonde Peschard qui porta le prénom de Taous dans le maquis, est née à Alger, en 1927 à Saint-Eugène. Précocement engagée dans l’action politique auprès des plus humbles dès que sa conscience s’éveilla, grâce à un oncle Edouard Peschard. Un communiste cheminot à Constantine qui l’avait adoptée à la mort de sa mère et l’avait aidée à acquérir une formation d’assistante sociale et de femme militante.

Pendant les années 40, elle adhéra au PCA (Parti Communiste Algérien), et avait aussi de forts contacts avec les nationalistes du Vieux Rocher à Constantine. Raymonde se fait rapidement remarquer par les autorités coloniales qui ne tardent pas à la déclarer persona non grata dans les murs de Constantine.

C’est ainsi qu’elle réintègre Alger, sa ville natale, où grâce encore à la légendaire solidarité ouvrière et communiste, elle a été recrutée au sein de la société Electricité et Gaz d’Algérie (EGA devenue Sonelgaz à l’indépendance). Elle reprend son action et se retrouve aux côtés de celui qui devient bientôt un héros martyr de la cause algérienne : le communiste Fernand Iveton, le communiste et syndicaliste exécuté à la guillotine à Oran, avec lequel elle entre au FLN en 1956.

En novembre, à la suite de l’arrestation de Fernand IvetonFichier hébergé par Archive-Host.com Raymonde Peschard, une franCo-algérienne illustre martyre, la presse coloniale diffuse sa photo sous le titre : « La femme blonde qui a remis la bombe à Iveton est identifiée ». Peschard se fond dans la clandestinité et monte au maquis, vers le mois d’avril de la même année à la Wilaya. Elle fut une d’abord infirmière, et insiste pour compter parmi ceux qui combattent les armes à la main.


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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par zeppelin le Mer 1 Sep 2010 - 5:30

Salam
MB, avant de lire les textes j'examine bien les photos, j'essaie de comprendre le truc qu'avait ces femmes/jeunes filles et qui s'est perdu avec le temps. Toutes les femmes se ressemblent ou presque, a leur age elles devaient rever de trucs de filles, ca aurait ete normal, mais non..il a fallut qu'elles aient un truc en plus, un truc qui leur fait sentir certaines situations autrement, esperer a certains desseins de façon differente et surtout de mettre en eouvre leurs projets.
J'imagine qu'au fond de chacune d'elles, la crainte de l'echec etait presente, je n'ose pas imaginer le fait d'etre prise et torturée mais elle n'ont pas reculé, ni fléchi.
J'ai vraiment honte du devenir de la mentalité de notre société, des enjeux qu'elle defend, des projets qu'elle chérit et de la ganrene qui progresse dans son corps sans que personne n'y prete attention tout simplement parce qu'on est devenu plus egoiste et moins nationaliste...

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Mer 1 Sep 2010 - 10:55

Salam Zepp

Ces femmes n'avaient rien de spécial à mon avis si ce n' est un courage et une foi dans leurs convictions hors du commun. En Algérie trop de vieux cons et trop de jeunes cons (il ne faut pas avoir peur des mots) aujourd'hui vivent leur vie égoïstes en opprimant les femmes au nom d'une dégénération de leur culture qu'ils ne connaissent pas. Ce qui est très compréhensible vu que nos têtes pensantes (les casquettes qui tiennent le pouvoir) s'abstiennent de les citer dans les livres d'histoire, n' en parlent jamais à la télévision ou à la radio et ne font rien pour glorifier leur souvenir alors qu'ils ne cessent de brandir le spectre de la colonisation et de la guerre d'indépendance que pour la plupart il n'ont pas participé. Les Kabyles qui ont été certainement une des plus grosses composantes des mouvement de l'indépendance, et qui ont fournis martyrs et combattants, cadres et idéologues sont aujourd'hui ostracisés et présentés comme dangereux séparatistes. Les femmes qui sans elles (pas seulement les exemples remarquables que je cite, mais aussi les madame-tout-le-monde)aucune guerre d'indépendance n'aurait pu se faire, ces femmes qui sont pourtant les premières victimes de toutes sortes de raids, frappées,violées,enlevées,emprisonnées,tuées, ces femmes voient leur droits inférieurs à ceux d'hommes qui ne valent pas un seul poil de leur moustache. La caste dirigeante au pouvoir semble même en avoir une crainte bleue, elle qui fait tout pour qu'on les oublie. Nous nous devons de perpétuer leur mémoire et de les citer en exemple à nos enfants afin qu'ils respectent toute femme qui sera un jour peut être celle par qui le salut viendra.

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Mer 1 Sep 2010 - 12:12

Djamila Amrane




Djamila Amrane, née Danièle Minne est une militante algérienne du FLN, née le 13 août 1939 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).


Les parents de Danièle Minne, Jacqueline Netter, d'origine rouennaise, et Pierre Minne, professeur de philosophie, étaient arrivés en Algérie en 1948. Jacqueline Netter se remarie en 1950 à Abdelkader Guerroudj, militant du Parti communiste algérien. Institutrice à Négrier (chétouane) puis à Aïn-Fezza près de Tlemcen, elle découvre la réalité du colonialisme et adhère au PCA. En avril 1955, Jacqueline et Abdelkader Guerroudj sont expulsés pour leurs activités. Après avoir passé quelques mois en France, ils rentrent à Alger et participent à partir de janvier 1956 à l'organisation des Combattants de la liberté et membre du Réseau bombes de Yacef Saadi. Ils sont tous les deux condamnés à mort comme complices de Fernand Yveton, seul européen guillotiné durant la guerre d'Algérie, mais seront graciés avec Djamila Bouazza et Djamila Bouhired le 8 mars 1962.

Danièle Minne participe en 1956 à la grève des étudiants et s'engage dans la lutte de libération sous le nom de Djamila. Membre du « réseau bombes » du FLN durant la bataille d'Alger, elle fait partie du groupe de jeunes femmes poseuses de bombes dans les lieux publics d'Alger, en particulier les cafés fréquentés par la jeunesse européenne. Recherchée par la police, elle part pour le maquis et est arrêtée le 26 novembre 1957 à Bordj Menaiel. Condamnée le 4 décembre 1957 à sept ans de prison, elle est libérée en avril 1962 à Rennes puis amnistiée.

Après l'indépendance du pays, Danièle Minne opte pour la nationalité algérienne et devient Djamila Amrane lors de son mariage en 1964. Elle travaille à l'université d'Alger puis devient en 1999 professeur d'histoire et d'études féminines à l'université de Toulouse.




Et voila le point de vue des Pieds Noirs qui bien sur la traitent de terroriste mais pour cela on ne peut rien dire :

Au moment où l'État Algérien -l'État-FLN- vient encore, une fois de plus, déverser sa haine anti-française sur les ondes internationales en déclarant que son Assemblée examinerait bientôt un projet de loi « criminalisant le colonialisme français » ; au moment où l'état français ne trouve rien d'anormal à ce qu'une ancienne terroriste vienne bénéficier du système de santé d'un pays qu'elle avait combattu naguère de la manière la plus lâche, il semble opportun et nécessaire de mettre en lumière une affaire jusqu'ici passée sous silence par tous les médias français : l'affaire Djamila Amrane-Minne.

De quoi s'agit-il ? D'un nouveau dossier Boudarel*, d'une nouvelle forfaiture d'état, d'un nouveau caillou noir à jeter dans le jardin du déshonneur français. Mais qui est Djamila Amrane-Minne ?

Née en 1939 en métropole, Danielle Minne, de son nom de jeune fille, arrive avec sa famille en Algérie en 1948 et devient, à l'âge de 17 ans, membre du « réseau bombes » de Yacef Saadi. A cette époque, fin 1956, début 1957 (début de la Bataille d'Alger), le FLN, dont la politique terroriste est librement affirmée et revendiquée, cherche des jeunes femmes à l'allure innocente pour distraire l'attention de la police et poser des bombes dans les lieux publics. Danielle Minne, qui prend le pseudonyme de « Djamila », est l'une d'entre elles.

Dans l'après-midi du 26 janvier 1957, la jeune femme entre au bar Otomatic, à Alger, et va déposer un engin explosif dans les toilettes. Elle ressort. Quelques minutes plus tard, la bombe explose, suivie de deux autres détonations à la Cafétéria du Milk-Bar (déjà touchée quelques mois plus tôt) et au café du Coq-Hardi. Bilan : 4 femmes tuées, une soixantaine de blessés (plusieurs amputés), dont de nombreux enfants. Un élément de plus dans la lutte de terrorisme aveugle à laquelle se livre le Front de Libération National, presque unanimement considéré aujourd'hui, en France comme (évidemment) en Algérie, comme un mouvement de combat pour la liberté, une sorte de Résistance luttant contre l'hydre fasciste incarnée par la présence française en Afrique du Nord. Danielle Minne, ayant rejoint les maquis FLN, est vite arrêtée. Jetée en prison, elle en ressort à l'époque de l'indépendance.

Mais cela n'est rien. Cela est de l'histoire ; histoire d'un terrorisme lâche et sans honneur, certes, mais comme en tant d'autres lieux et à tant d'autres époques. Cela n'est rien, car le pire est à venir et il nous est scandaleusement contemporain.

Danielle Minne, devenue après mariage, Djamila Amrane-Minne, a pu, sans jamais être inquiétée, sans jamais qu'un obstacle vienne se mettre sur son chemin, devenir universitaire en France et suivre, dans le pays même qu'elle avait trahi, une carrière parfaitement honorable à l'ombre du statut avantageux de fonctionnaire de l'enseignement supérieur. Oui, une porteuse de valise du FLN, pire, une poseuse de bombes, une terroriste revendiquée, est devenue, avec la bénédiction passive et le soutien actif de l'Etat et de ses institutions, Maître de Conférences à l'Université du Mirail, à Toulouse.


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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Mer 1 Sep 2010 - 12:21

Jacqueline Guerroudj, moudjahida, doyenne des ex-condamnés à mort



Marquée par la Seconde Guerre mondiale, elle en parle non sans stigmatiser le comportement barbare des Allemands. C’est à cette période qu’elle a su ce que le vocable résistance veut dire. Jacqueline arrive en Algérie en 1948 et est nommée institutrice à Négrier (Chetouane) près de Tlemcen. « J’avais une classe unique de 50 élèves. » Dans cette région, elle s’imprègne des dures conditions vécues par les paysans pauvres et sans terre soumis au joug des colons et qui sont traités presque comme des esclaves. « Mon entourage était essentiellement communiste, ce n’était pas le hasard, mais le jeu des affinités. J’étais d’accord avec l’analyse faite par mes futurs camarades qui, contrairement à ce qu’on dit souvent, posaient l’indépendance de l’Algérie comme condition préalable à toute amélioration de la situation. J’étais d’accord aussi avec l’attention qu’ils portaient aux conditions de vie des plus défavorisés et j’appréciais la lutte constante et efficace qu’ils menaient à leur côté. Au contact des paysans, j’ai beaucoup appris de la vie à Tlemcen, c’était la période la plus féconde de mon existence. Je dois préciser que je n’avais pas adhéré au Parti communiste français quand je vivais en France. Je ne me sentais sans doute pas assez impliquée pour ressentir le besoin de militer. »

En Algérie, son adhésion au communisme coulait de source. « Elle était le fruit de mes premiers contacts avec la réalité coloniale qui m’obligeait à prendre position pour ne pas être complice. » Jacqueline milite au milieu de noyaux de fellahs communistes dans la région de Tlemcen, mais leur nombre n’était pas suffisant pour qu’ils exercent une influence notable sur le cours des événements. En mai 1955, Jacqueline, son mari Djillali et leurs cinq enfants sont expulsés d’Algérie. Ils vivront quelques mois à Rouen, chez la famille de Jacqueline. Au début de l’année 1956, la famille Guerroudj obtient l’annulation de la détention de bannissement, en lui interdisant toutefois de s’établir dans l’Oranie. « J’avais quitté la France, à une époque où il faisait si froid que le linge gelait sur les cordes où je l’étendais pour sécher et devenait raide comme de la tôle. L’arrivée à Alger a été un éblouissement, la baie d’Alger, d’abord puis la plage de Aïn Taya sous le soleil, le ciel bleu pur, le temps doux et ce premier bain délicieux, revigorant. » Djillali, le mari était responsable pour Alger des « combattants de la libération, organisation armée du PCA et Jacqueline était son agent de liaison.

Communiste engagée

Les activités de Jacqueline se sont multipliées au fil du temps. L’accord FLN/PCA a été accueilli avec enthousiasme malgré tous les problèmes qu’il posait. Nos groupes étaient rattachés au responsable FLN de la zone autonome Yacef Saâdi. Etroitement impliquée dans les opérations, Jacqueline a participé avec Fernand Iveton, militant communiste, au projet d’attentat à l’usine à gaz du Hamma. C’était le 11 février 1957. Iveton 31 ans avait été guillotiné. Sa grâce avait été refusée par le gouvernement de Guy Mollet. « Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante », furent les derniers mots prononcés par Iveton avant d’être guillotiné juste après Mohamed Ounouri et Ahmed Lakhnache. Ce matin, ils ont osé/ Ils ont osé vous assassiner/ C’était un matin clair/ Aussi doux que les autres, où vous aviez envie de vivre et de chanter/ déclamait dans un poème écrit après son exécution Annie Steiner dans le quartier des femmes de la prison de Barberousse d’Alger. Avec le développement de la bataille d’Alger, les rafles, l’utilisation intensive de la torture et les arrestations se multiplient. Jacqueline et Djillali sont arrêtés en 1957.

M’ayant reconnue pour sœur, les détenues, les Djamila, Zhor, Ghania, Djouher, Fadéla, Houria, Malika et les autres se sont précipitées sur moi, m’ont fait une fête. Un accueil que je n’oublierai pas. C’était fabuleux de se retrouver aussi bien au chaud, dans une vraie famille, alors que je ne pensais atterrir dans quelque geôle sombre et solitaire. Transférées à El Harrach, les prisonnières seront de nouveau amenées à Marseille puis à Paris, enfin à Toulon, Toulouse et Pau. A sa libération en 1961, Jacqueline et sa fille rejoignent Tunis. Ces dernières années à l’instar de ses sœurs, Jacqueline s’est largement mobilisée autour des objectifs de code de la famille, de démocratie, contre la torture et plus généralement pour les bonnes causes de par le monde. Dans son livre Des douars et des prisons, paru il y a quelques années, Jacqueline, désabusée quelque part, s’interrogeait sur le destin de cette Algérie, dont les dirigeants en 1962 n’ont pas su, ou pas pu, « surfer » assez loin sur cette grande vague porteuse qu’était l’indépendance. Maintenant, avait-elle écrit, on se retrouve dans le creux de la vague et les jeunes se demandent où est leur place et quelles sont leurs possibilités. « Je n’ai pas de réponse, mais chacun doit mener sa propre réflexion basée sur la connaissance du passé. » Parcours Jacqueline Guerroudj est née en 1919 à Rouen. Elle fait des études de philo et de droit et vient en Algérie en 1948 où elle est affectée en qualité d’institutrice près de Tlemcen. Dès le déclenchement de la lutte armée, elle prend fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie. Avec son mari Djillali, militant communiste et sa fille Minne Djamila, elle intègre le FLN. Elle est arrêtée en 1957 en pleine bataille d’Alger et condamnée à mort. Au lendemain de l’indépendance, elle entreprend une longue carrière à la Faculté d’Alger en tant que bibliothécaire. A 90 ans, Jacqueline qui a toujours vécu à Alger se consacre à la lecture et à la rédaction de ses mémoires. Jacqueline est mère de 5 enfants et plusieurs fois grand-mère.

Par Hamid Tahri - El Watan 14/05/09


Jaqueline Guerroudj est la mère de Djamila Amrane qu'elle a eu d' un précédent mariage (hé oui! les chiens ne font pas des chats)

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

Message par magicbenoit le Mer 1 Sep 2010 - 23:03

Qui est ANNIE STEINER ?





A la vérité, il n’est nul besoin de faire connaître ou de décrire ANNIE STENER. Son militantisme et son parcours révolutionnaire sont là pour parler pour elle.

Cette Algérienne de cœur, de raison et bien sur de nationalité, avait tout pour être heureuse. Un jour, mue par des appels et des secousses irrésistibles, elle abandonna tout son confort, y compris ses enfants qui lui furent retirés à la suite de sa séparation de son mari, apprenant son engagement pour le FLN, elle s’est battue toute une vie pour l’Algérie et continue à ce jour à dire son amour à son pays l’Algérie.

Nous avons estimés utile de livrer ici aux jeunes générations, quelques pages glorieuses de la vie cette Moudjahida pour montrer un exemple tout simplement de courage et de foi.

Invitée d’honneur de la ville de Sétif à l’occasion des cérémonies commémoratives de la journée du 08 mai 1945, Annie Steiner est cette infatigables et inusable Moudjahida de première heure de la guerre de libération nationale.

Agée aujourd’hui de 81 ans, bon pied, bon œil, malgré le poids de l’age, des stigmates tant physiques que psychologiques, conséquences de cet engagement pour l’Algérie libre et indépendance, elle garde miraculeusement toute sa lucidité et ses capacités pour nous relater pudiquement ce parcours singulier . Elle le fait avec d’autant d’humilité qu’elle préfère attribuer ces rôles aux autres pour dire que son engagement à elle ne fut qu’une modeste contribution de la militante active et de la Moudjahida qu’elle fut dont la conscience a été interpellé un jour pour dire non à l’injustice.

Nous vous invitons à découvrir ci après quelques extrais de presse sur le parcours atypique de cette grande militante qui demain sera parmi les jeunes fille du Lycée Malika Gaid de Setif pour leur parler de l’Algérie et de la révolution Algérienne. Nous savons qu’elle fut et qu’elle continue à être une grande patriote.

Militante infatigable de la liberté, Annie a vu le jour le 7 février 1928 à Marengo (Hadjout). Son père, Fiorio Marcel, né au début du siècle dernier à Tipaza, est issu d’une famille originaire de Florence en Italie. Il travaillait dans les hôpitaux. Lors de l’épidémie de typhus, il a été dépêché à Sidi Bel Abbés comme directeur de l’hôpital pour y mettre un peu d’ordre. Qu’est-ce qui a donc poussé les Fiorio, famille prospère, à quitter le symbole de la renaissance pour s’installer en Algérie ? Nul ne le sait. « Mon père est mort à 41 ans, emporté par une crise cardiaque. Quant à ma mère, elle était enseignante, institutrice comme sa sœur et leur mère. Ma grand-mère, Virginie Malavial-Truel, était institutrice à Borely Lasapie (El Omaria) village au-dessus de Médéa, où elle exerçait selon le système de la classe unique. J’ai rompu la tradition. Mon grand-père, né à Theniet El Had en 1870, est enterré à Palestro. »

Annie dut bourlinguer très jeune au gré des affectations de son père. A Boufarik, elle y effectua l’école primaire et à Sidi Bel Abbés c’est l’EPS. « De là, je suis allée à Blida, une ville qui a beaucoup compté pour moi. J’y ai fait mes études secondaires au lycée Duveyrier (Ibn Rochd), un excellent établissement qui a vu défiler des chouhada comme Ali Boumendjel, Abane Ramdane et des responsables comme Benyoucef Benkheda, M’hamed Yazid, Sadek Hadjeres… A l’origine, ce lycée était réservé aux garçons, mais après le débarquement des Américains, qui ont occupé le collège des filles, on a dû jumeler filles et garçons après la fermeture de l’internat pendant la Seconde Guerre mondiale. » D’une extrême pudeur, cette grande militante, citoyenne du monde, défenseur de la liberté, possède l’aura de celles qui ont su se réinventer sans se renier...

La vie d’Annie Steiner s’est muée en destin algérien, un jour de février 1956, après son arrestation par la police coloniale pour « activités subversives », entendre pour engagement en faveur de l’indépendance de l’Algérie, ce qui n’était pas si peu.

C’était l’an II de la Révolution et une répression des plus sauvages s’était abattue sur les militants algériens. Annie Steiner, née Fiorio, avait alors 28 ans. Rien ne présageait d’une telle destinée pour cette native de Hadjout (ex-Marengo). Issue d’une famille de pieds-noirs depuis trois générations, Annie a grandi dans un milieu plutôt protégé et n’a connu ni la misère ni les privations qui frappaient des millions d’Algériens. Mais Annie est une rebelle née, une révolutionnaire qui place les valeurs de liberté et de justice au-dessus de tout. Justement, le dénuement et l’exclusion, elle les côtoie quotidiennement dans ces centres sociaux d’Alger où elle travaille pour venir en aide aux démunis. C’est là où la guerre la surprend.

Elle n’est alors militante d’aucun parti politique ni organisation, et c’est souveraine mais lucide qu’Annie la « Française » opte pour « l’Algérie algérienne » en s’engageant dans les réseaux clandestins du FLN. L’histoire lui donnera raison, mais à quel prix ! Par ce choix, elle signera son premier « acte de divorce » avec sa communauté d’origine. Les pieds-noirs qui, comme elle, ont fait le pari de l’Algérie libre et fraternelle, une infime minorité dont certains membres ont payé de leur vie leur engagement pour l’indépendance de l’Algérie seront vite taxés de « traîtres » et reniés par famille et amis. Comme elle, Henri, Fernand, Yvette, Georges, Jacqueline et d’autres encore n’étaient prédestinés ni par leur noms ni par leurs origines à épouser la cause des « fellagas ».

La rupture d’avec les siens, Annie l’expérimentera une seconde fois, en prison même : M. Steiner, son époux, furieux d’apprendre son appartenance au FLN, demandera le divorce et l’obtient. Plus tard, la garde de ses deux fillettes lui sera, elle aussi, retirée. La chaleur familiale, c’est en prison qu’Annie la retrouvera parmi « l’khouatate » (les sœurs) comme elle continue à appeler, tendrement, ses anciennes codétenues. Ces années de prison la marqueront à jamais. D’anciennes camarades de détention se souviennent de la militante à toute épreuve. « Forte en gueule », mais pas seulement, Annie ne laissait aucun répit à l’administration pénitentiaire pour faire reconnaître le statut de détenues politiques aux militantes FLN.

La juriste – elle est licenciée de la faculté de droit d’Alger – utilise pour ce faire tout son savoir pour harceler l’ennemi jusque dans les cellules de prison, territoire de non droit s’il en est. D’une grande rigueur intellectuelle, elle se méfie des mythes et l’histoire, pour elle, est une œuvre collective qui transcende les individus et leur ego. Annie Steiner était militante de la zone autonome dans le réseau Alger-Sahel, celui même dans lequel était affectée Hassiba Ben Bouali. Condamnée à la réclusion « criminelle » par le tribunal des forces armées d’Alger, elle fut « trimballée », cinq ans durant, d’El Harrach à Serkadji, en passant par d’autres lieux d’enfermement.

Au lendemain de l’indépendance, on la retrouve parmi une poignée de cadres algériens autour de Mohamed Bédjaoui, assumant la lourde tâche de réorganiser la nouvelle administration après le départ de l’encadrement français. Haut fonctionnaire au secrétariat général du gouvernement, elle contribuera, jusqu’à sa retraite en 1990, à la formation de dizaines de cadres de la Fonction publique algérienne.

Femme de conviction, femme d’action et de réflexion, elle continue, à ce jour, à être active. A sa manière. Grande lectrice, amie d’écrivains et de poètes. Jean Sénac dont elle fut très proche lui a dédié, dit-on, l’ensemble de sa poésie. Elle est habitée, elle aussi, par la Muse, même si ses poèmes restent inédits. A quatre-vingts ans aujourd’hui, cette dame reste étonnamment belle, le temps a passé, marquant de son empreinte la frêle silhouette, mais le regard d’Annie, lui, n’a pas pris une seule ride.

Citoyenne du monde

A 81 ans, elle garde le même regard, les mêmes convictions, les mêmes rêves. « Je suis fille unique. J’ai vécu dans un milieu aisé. Je ne manquais de rien. J’aurais pu être très gâtée, mais mes parents m’ont transmis certaines valeurs. Mon père, libre penseur, m’a inculqué les valeurs du travail, de l’honnêteté et de la rigueur. Ma mère, qui m’a élevée et ne s’est pas remariée, venait d’une région de France très catholique et m’a donné une éducation chrétienne. Mes parents, au demeurant modestes, étaient dignes et ne fréquentaient pas la haute société. Ils étaient sensibles aux souffrances humaines. »

Elle en possède la fièvre inventive et le mépris du danger. « Quant à moi, je ne militais nulle part, ce qui m’a beaucoup servi. Je discutais avec les vieux militants. Je les écoutais surtout et j’avais compris déjà qu’on doit presque tout aux autres. » Rebelle, elle voulait révolutionner le monde. Un monde bien triste, celui qu’elle a côtoyé dans les centres sociaux d’Alger, où elle exerçait et où le dénuement le disputait à la misère et l’exclusion. Avec son éducation et son esprit combatif, elle se montre chaleureuse et distante à la fois, gardant quelque chose d’inaccessible : « Ce sont des choses qu’il faudrait écrire un jour », reconnaît-elle, prévenante. Ses mots bien choisis arrivent à percer les formules cadenassées. Dans son discours, on perçoit en filigrane sa croyance au groupe et au monde.

Lorsque la lutte de libération éclate en 1954, elle « se sent mûre ». Elle est licenciée en droit. Avec son mari, le Suisse Rudolf Steiner, architecte, elle a été amenée à connaître des gens de ce milieu à Paris, où le couple a séjourné. Son époux était lié aux architectes du bureau de Le Corbusier. Dans la capitale française, ils sont restés deux ans. Retour à Alger fin 1953, où elle retrouve ses amis Jean Sénac, Roland Simounet, architecte originaire de Aïn Benian, et Jean de Baisonseul, responsable du service d’urbanisme de la ville d’Alger, arrêté, et incarcéré à Barberousse en 1956. « Il y est resté très digne. Il a sauvé beaucoup de choses à Alger qu’on est en train de détruire. C’était un peintre et un sculpteur qui avait fait visiter La Casbah à Le Corbusier (Corbu pour les intimes). On dit que Le Corbusier, grand admirateur de La Casbah et du M’zab (Ghardaïa) y avait puisé des idées pour son ’’modulor’’ ».

Bien avant le déclenchement de la guerre, Annie avait pris conscience de la situation désastreuse des « indigènes ». Elle avait choisi son camp. Elle était dans le réseau FLN clandestin, dans lequel elle a été engagée en 1955 après avoir cherché un contact dès la fin de 1954. « J’ai pu faire beaucoup de choses, tout simplement parce qu’étant d’origine européenne, je n’éveillais pas les soupçons et je n’étais pas fichée par la police. » Quel était le regard porté sur elle par ses amis pieds-noirs, elle qui avait pris le parti de lutter pour l’indépendance de l’Algérie. « Personne ne savait ce que je faisais. Leur surprise a dû être grande lorsqu’ils l’ont appris dans le journal, en page une et en gros titre. »

Arrêtée en octobre 1956, elle est condamnée à 5 ans de réclusion par le tribunal militaire d’Alger, lors d’un procès qui a duré 3 jours et appelé à tort « Le procès des médecins ». Pourquoi cette expression ? Voulait-on associer intentionnellement le mot « médecin » à une des activités du groupe concernant un laboratoire d’explosifs ? On ne sait pas. Dans ce procès, où les accusés avaient des origines politique et ethnique variées, se trouvaient A. Bensadok (vieux militant du PPA puis du FLN), les 3 frères Timsit (médecins) et Georgio Arbib (ingénieur) anciens militants du PPA, Djaballah (jeune étudiant chimiste), E. Neplaz (instituteur de Constantine), etc.

Beaucoup, qui étaient clandestins, ont été jugés par contumace, parmi lesquels Hassiba Ben Bouali, chahida à 18 ans, morte héroïquement avec Ali la Pointe, petit Omar et M. Bouhamidi. Le lendemain du procès, elle écrivait un poème qui sera souvent lu à la Chaîne 3 par Djamel Amrani qui savait si bien lire la poésie : « Cette femme n’est pas une mère, a dit Monsieur le procureur. Cette femme n’est pas une mère, ont répété les cervelles dociles. Vous avez le jugement prompt. Soyez loué par les cervelles dociles. Vous avez le goût de la justice prompte. Soyez béni par les cervelles dociles. Sachez Monsieur le procureur que rien n’est aussi simple. Cette femme était mère et par le don de la vie deux fois renouvelé »… (allusion ici à Edith et Ida qui, en 1957, avaient 4 et 2 ans.)

Annie a fait 6 prisons : Barberousse, Maison Carrée, Blida par mesure disciplinaire puis transfert à la Petite Roquette à Paris, à la vieille prison de Rennes et enfin à la maison d’arrêt de Pau. Sa petite famille accuse le coup. Sa mère en souffre beaucoup, les enfants aussi. Après sa sortie de prison en 1961, elle ne pouvait revenir en Algérie. Elle se rend en Suisse, où la garde de ses deux filles Edith et Ida lui est retirée. Le divorce est consommé. En 1962, pas le moindre sou

En 1962, elle rentre à Alger « avec pour seul bagage un petit sac. Je n’avais pas le sou. J’étais seule, ma mère et sa famille étaient parties en France. Il fallait repartir de zéro. Heureusement, j’étais recueillie par deux sœurs de prison. Deux moudjahidate. Safia, puis Meriem, dont la famille m’a accueillie pendant plus de 2 mois en me traitant comme sa propre fille. C’est inoubliable. » Elle confie parfois sa tristesse. Annie a horreur de ceux qui assument mal leur petite dose de mégalomanie, se croyant dépositaires du destin supérieur. Elle en rit. Un peu jaune. En 1962, avec la création du secrétariat général du gouvernement, dont le premier secrétaire était Mohamed Bedjaoui, un excellent juriste, elle y est engagée, parce qu’elle présentait le profil. Elle y restera 30 ans, assurant avec d’autres cadres la tâche d’organiser la nouvelle administration. « C’était passionnant et très prenant », se souvient-elle. Aujourd’hui, elle a la satisfaction d’avoir contribué à la formation de cadres de la Fonction publique avec cette particularité d’avoir été la première femme nommée directeur d’administration centrale par le défunt président Boumediene. Auparavant, en 1962, elle avait été nommée chargée de mission.

Son discours est sincère quand elle se présente en déprimée du contemporain. Parfois même, elle donne l’impression de vouloir en découdre avec les tracas qui empoisonnent la vie de ses concitoyens. 50 ans après, elle est toujours là, femme de conviction, d’action et de réflexion, traquant les injustices. « J’ai participé à toutes les luttes, depuis la grande manifestation du 8 mars 1965, organisée par les moudjahidate, qui a vu défiler des milliers de femmes dans les rues d’Alger. Jean Sénac ? Nous avions 20 ans et c’était une autre vision. C’était une grande ouverture sur le monde et sur l’Algérie. On se voyait à la libraire Charlot, à la rue Charras. » Jean m’a dédié en 1957 son petit livre Le Soleil sous les armes. Il fallait avoir du courage pour le faire, en pleine bataille d’Alger, à des gens qui étaient en prison. Anna Greki ? « Elle aussi a été emprisonnée à Barberousse. Elle est morte trop tôt. Je l’ai revue après l’indépendance. Quels beaux poèmes dans Algérie capitale Alger. J’ai demandé une réédition, mais je n’ai rien vu venir. Bouabdallah et son film Barberousse, mes sœurs, consacré au combat des femmes. Un bel hymne, je l’en remercie de tout cœur. Le film a plu, parce qu’il était spontané et sincère. » Son sentiment sur l’Algérie actuelle : « Je suis révoltée comme en 1954. Comment en est-on arrivé là ? Le système se perpétue. C’est le temps de l’imposture, sous toutes ses formes. Je fais ce que je peux et je reste révoltée. »

Parcours

Annie Fiorio-Steiner est née en 1928 à Marengo (actuellement Hadjout). Elle a fait ses études à Boufarik et Blida et obtenu sa licence en droit à la Faculté d’Alger en 1951. Elle travaille dans les services sociaux de la ville d’Alger, où elle s’imprègne des dures conditions de vie des Algériens. Elle prendra conscience du grand écart et des disparités qui existent entre l’occupant et les indigènes. Jeune, elle commencera à militer et prendra carrément fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie. Elle fait partie du réseau clandestin FLN de la capitale. Arrêtée en 1957, elle est condamnée à 5 ans de réclusion criminelle. Elle sera libérée en 1961. Au lendemain de l’indépendance, elle occupe un poste important au secrétariat général du gouvernement. Poste qu’elle occupera durant 30 ans. Militante convaincue, Annie n’a jamais quitté l’Algérie, où elle réside toujours.

« Il faut savoir supporter les injustices jusqu’au moment où on peut en commettre soi-même. »
— « Les gens vous pardonnent quelquefois le bien que vous leur avez fait, mais rarement le mal qu’ils vous ont fait. La liberté est un mot qui a fait le tour du monde et n’en est jamais revenu. » Ecouter Annie parler de sa personne relève de l’exploit ! Il aura fallu de la patience et l’intervention complice de Sid Ali et de Fadila de la librairie Mille feuilles, où elle a ses habitudes, pour que la militante de toujours consente enfin à accepter cet entretien. C’est que cette femme d’une modestie qui confine à l’effacement aime parler beaucoup plus des autres que de sa propre personne. « Il y a tellement de gens qui ont fait mille fois plus que moi et qui ont souffert le martyre que je trouve indécent qu’on parle de ma petite personne », annonce-t-elle d’entrée. La regrettée militante Zahia Taghlit avait témoigné : « L’apport d’Annie à la révolution a été discret mais efficace. C’est une authentique révolutionnaire ». « Je suis du côté des humbles, c’est important d’avoir cette position », affirme Annie pour commencer la conversation. Et puis de bifurquer sur un autre terrain, celui du foot. Dans la grande équipe de foot du Brésil, raconte-t-elle, il y avait Pelé et Garincha. Ma préférence va à ce dernier qui vient des miséreuses favelas. Ce joueur, diminué physiquement, est resté lui-même ; il n’a pas renié ses origines. Il n’a jamais oublié d’où il venait. Il a commencé dans la misère et a terminé dans le dénuement. Le roi Pelé, quant à lui, a su gérer sa carrière. Le paradis, c’est les autres

Cheveux blancs coupés courts, silhouette avenante, elle a l’air d’une jeune grand-mère à la fois active et sereine. Parler d’elle ? En novembre dernier, elle s’est exprimée sur Canal Algérie, après 22 ans de silence : « J’ai dit que j’étais venue parler des inconnus. C’est grâce à eux qu’il y a eu la victoire. Franchement, je commence à être très agacée par ce qu’on appelle ‘’le culte de la personnalité’’. Ce sont toujours les mêmes qui sont mis en avant et qui ne parlent pas ou très peu des autres, des anonymes, ceux qui sont allés au charbon, mais qui sont restés dans l’ombre. On n’est rien sans les autres. C’est une longue chaîne. Ce que je vois m’irrite et m’attriste. C’est le contraire de l’Histoire. »

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Re: Ces femmes qui ont donné leur vie pour l'Algérie

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