Les Berbères en Amérique (2e partie)

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Les Berbères en Amérique (2e partie)

Message par ukerdis le Mar 30 Déc 2008 - 15:14

Les Berbères en Amérique (2e partie) par Hocine Ukerdis
(publié dans KC 26 octobre 2003)

Nous avons vu dans la première partie de cet article que des Imazighen, notamment les Canariens (Guanches ou Igwanciyen) et les Morros, avaient accompagné Christophe Colomb lors de la découverte de l’Amérique. Par la suite, ils ont participé sur le terrain à la conquête de l’Amérique. � cet égard, Simon Bolivar (le héros de l’indépendance américaine) avait dit que parmi les soldats il y avait des péninsulaires et des Canariens.


De nombreux produits agricoles sont partis des Canaries pour s’implanter dans les terres du nouveau monde et non le contraire tels que les premières bananes et la canne à sucre. En ce qui concerne les animaux, les Imazighen ont donné des chevaux (comme l’a rappelé Dda Gana Mammerie) et les porcs à l’Amérique. Les Imazighen ont reçu à leur tour d’amérique des cultures inconnues sur le vieux continent : la pomme de terre, la tomate, le maïs, le tabac, ... � partir de 1678, les Espagnols imposent une restriction importante du commerce amazigh canarien avec l’Amérique s’est imposée :" le quota ou l’impôt du sang". Il s’agissait d’un decret qui contraignait les Imazighen Canariens à envoyer des familles peupler le Nouveau Monde, proportionnellement à la quantité de produits qu’ils entendaient vendre.La proportion était de cinq familles immigrées pour 100 tonnes de marchandises embarquées. Tout au long de la conquête de l’Amérique, les insulaires Canariens avaient entretenus de bons rapports avec les autochtones du Pérou et du Méxique. Les actions des colons espagnols soulevaient chez eux indignation et mépris.

Vers 1830, à l’autre bout du monde, les colons français (à l’esprit de clocher) avaient commencé la colonisation de l’Algérie. Celle va provoquer une autre vague de déportation d’Imazighen d’Algérie vers l’Amérique, notamment de Kabyles qui résistaient farouchement à la présence coloniale et qui s’étaient soulevés en 1871. En effet, l’idée de déporter tout le peuple algérien, ou une partie, a germé dans la tête de certains officiers supérieurs français bien avant 1871. Ainsi, le colonel Montagnac, voulait déporter tous les Algériens aux îles Marquises ! Rien que ça ! comme si les exterminations massives et les enfumades ne leurs suffisaient pas.

Dans un livre publié par Mehdi Lallaoui chez Zyriab, Algériens du Pacifique, les déportés de Nouvelle-Calédonie, il nous retrace très simplement le chemin parcouru et les affres subis par ces Algériens condamnés à une réclusion hors du temps et de l’espace. Mehdi Lallaoui a eu à chercher dans les récits et journaux de leurs compagnons d’infortune, les vaincus des barricades de la commune de Paris qui écrivirent beaucoup sur leur déportation.

L’insurrection Kabyle commence un certain 8 avril 1871 à Seddouk, à la faveur de la rencontre du grand maître de la confrérie Rahmania, Cheikh Aheddad et Mokrani.Ensemble, ils appellent à la révolte contre le spoliateur français. Les premiers mois, le Bachagha Mokrani et Cheikh Aziz Ben Ahaddad allaient de victoire en victoire. Devant la formidable ampleur que prenait ce soulèvement, les militaires français ont vite fait de battre le rappel des contingents partis en France mater les communards et renversent, par là même, la vapeur.

La répression était terrible. Vaincus, les révoltés subissent le revers morbide de la défaite. Quelque 130 chefs de la rébellion ou de grandes famille sont condamnés à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Les colons réclamèrent des mesures impitoyables. Selon Nadia Belaidi dans son livre intitulé l’émigration Kabyle en France, une amende de 36 millions de francs a été imposée à l’ensemble des insurgés. "Ensuite, les terres furent frappées de séquestre : celles qui étaient détenues en propriétés collectives se trouvaient confisquées et transformées aussitôt en lots de colonisation attribués en propriété privée... On aboutit à un transfert massif de la propriété Kabyle à la propriété européenne ; les sequestres privèrent la population montagnarde de leurs terres les plus riches, situées en bas des villages de montagne. On estima à 574 000 hectares le total des terres confisquées... Défaites, appauvries, endettées, certaines tribus mettront vingt ans pour s’acquitter des dettes que les autorités françaises leur avaient imposées en représailles contre l’insurrection. "De nouvelles lois se succèdérent qui accélerèrent le mouvement de dépossession des paysans algériens : 1883, 1887, 1897, réformes de la proriété immobilière de 1901 à 1919... Ces lois intéressèrent surtout les régions fertiles : le littoral Kabyle allant de la rivière Sebaou jusqu’aux portes d’Alger, et les larges plaines de l’ouest,béjaïa, Mostaganem, Skikda etc...". De son côté, Mehdi Lallaoui va au fond de son livre et raconte comment la machine militaire française a décimé des milliers d’Algériens et envoyé les autres en Nouvelle Calédonie ou Guyane. "La nuit approche, sombres et silencieux les vaincus d’Algérie et le vaincu de la Commune, assis assis côte à côte, pensaient à eux, à ceux qu’ils laissaient, à l’effondrement de leur existence, à l’anéantissement de leur rêve de liberté..." écrit Jean Alleman, déporté de la Commune, qui partagea à Toulon la même cellule que les insurgés de 1871. Les déportés sont acheminés à partir du Fort Quélern à Brest ou de Toulon. La traversée de deux océans et de plusieurs mers sera fatale pour certains.

C’était Louis Napoléon, suite aux événements de 1848 et à son coup d’état de 1851, qui avait mis en place les bagnes coloniaux, les premières déportations de prisonniers politiques et les transportations vers l’Algérie ou Cayenne. Ainsi, malgré les échecs de colonisation officielle de l’expédition de Kourou de 1763 (décès de 10 000 personnes sur 16 000), et de celle décidée par l’Assemblée législative envoyant des prêtres réfractaires et des individus dénoncés pour leur manque de civisme, la Guyane devient terre de déportations4 sous tous les régimes et jusque sous le Second Empire. En même temps que s’effectuent les déportations, l’idée de transportation commence à germer, c’est-à-dire de déplacer vers les colonies les forçats des bagnes de Toulon, Brest et Rochefort.

Il semblerait que seulement 3 600 condamnés sur les 8 000 envoyés en Guyane vont survivre entre 1852 et fin 1856. Le 22 février 1858, la distribution de concessions à des détenus en fin de peine consacre la nouvelle politique. Le 16 mars 1860, Saint Laurent est constitué en Territoire pénitentiaire du Maroni avant sa fermeture en 1868, en raison de difficultés dues pour la bonne part au climat, aux maladies tropicales mais aussi à l’échec des concessions, provoquant le regroupement des condamnés sur les îles du Salut. Malgré les rapports inquiétants sur la salubrité du bagne guyanais, reçus dès 1857, ce n’est qu’en 1863 qu’une solution se fait jour, faisant de la Nouvelle-Calédonie un deuxième lieu de transpor-tation destiné aux forçats européens.

Le 5 février 1864, le premier convoi de transportés quitte Toulon pour la Nouvelle-Calédonie, qui présente deux avantages notables : son éloignement de la métropole (trois mois de navigation au lieu d’un pour la Guyane) et le climat. Les événements sanglants de mai 1871 débouchent sur la déportation en Nouvelle-Calédonie de 4 243 communards pour faits d’activités politiques. Toutefois, le projet d’établissement d’une colonie pénitentiaire en Nouvelle-Calédonie rencontre des difficultés puisque le bagne du Pacifique, proche de Tahiti, n’inspire pas la crainte de la sévérité de ses châtiments.

Depuis la fermeture définitive du bagne de Toulon, en 1873, l’embarquement des transportés pour la Guyane s’effectue à partir de la Citadelle de Saint-Martin-de-Ré, l’antichambre du bagne.

L’autre loi fondamentale fut celle de la relégation du 27 mai 1885. Elle décida de l’envoi en Guyane et en Nouvelle-Calédonie des récidivistes, des coupables de petits délits. En 1897, un dernier convoi de condamnés met fin à la déportation et à la relégation dans l’île de la Nouvelle-Calédonie avant sa fermeture définitive en 1931 après avoir reçu un total de 31 000 condamnés.

L'Hocine Ukerdis

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